| Performance
humaine et création de valeur : la fonction RH à
réinventer |
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La fonction RH est
aujourd’hui dans
une situation paradoxale. D’un côté, elle semble n’avoir
jamais été aussi
décisive pour le bon fonctionnement de l’entreprise , mais
en même temps,
elle paraît souvent un peu extérieure par rapport à
la stratégie de
l’entreprise, telle qu’elle est mise en oeuvre par la Direction
générale ;
le DRH peine à se faire entendre ; son rôle se
réduit à celui d’une
« fonction support ». Ce risque d’une
marginalisation de la
fonction RH est très sérieux. Il s’explique probablement
par l’évolution
intervenue dans les modèles de management et par
l’évolution du « contrat
social » qui en résulte. On comparera ainsi ce qu’est
aujourd’hui le rôle
du DRH par rapport à ce qu’il était il y a vingt ans. La
financiarisation de l’entreprise et du
management implique
des exigences nouvelles, en vue desquelles il n’est pas
préparé. Comment l'entreprise a changé : du modèle patriarcal à l'entreprise nomade D’un pays à un
autre,
l’entreprise s’inspire de modèles
(« paterns ») anciens. L’entreprise
américaine constitue l’aboutissement de la caravane en marche
vers
l’ouest ; l’entreprise japonaise se comprend à la
manière d’un jardin Zen;
quant à l’entreprise française, elle descend de
l’entreprise féodale. Le modèle
patriarcal français a
laissé place, au cours de ces vingt dernières
années, au modèle nomade venu des
Etats Unis, et il est permis de voir dans cette mutation l’une des
conséquences
de la mondialisation. Il n’y a plus ni continuité ni
frontière ;
l’unité de temps, de lieu et d’action a laissé place
à des « communautés
virtuelles ». Et le contrat social se limite à un
contrat
commercial de type « donnant-donnant ». Il
ne peut plus y avoir
de sentiment d’appartenance dans la durée. Bien entendu, cette
nouvelle règle
du jeu, banale aux Etats Unis sur un marché de l’emploi
très ouvert, suscite
des réactions d’opposition en France dans la mesure où
elle remet en cause un
ensemble de croyances et de convictions bien établies parmi les
anciens. Les
suppressions d’emploi, lorsqu’elles sont faites par un souci de
rentabilité,
apparaissent comme une trahison pour les salariés. En attendant, c’est
cette
mutation, quelle que soit l’opinion qu’on en ait, qu’il convient de
prendre en
considération pour comprendre l’évolution du rôle
du DRH. Pour lui, il s’agit
aujourd’hui de s’inscrire dans le cadre de « l’entreprise
nomade »
qui est venu à s’imposer. Pourquoi les DRH peinent à suivre le changement en cours : poids du passé et nouvelles formes d'exigences Bien sûr, les DRH
sont mieux
outillés qu’il y a vingt ans. Ils disposent d’outils de gestion
informatique
qui étaient alors inexistants. Mais il leur faut tenir compte du
poids de
contraintes françaises qu’ignorent leurs homologues
américains. Cette façon de
voir a été
balayée par la financiarisation des entreprises imposée
depuis les années
quatre-vingt dix. Avec l’entrée des fonds de pension
américains dans le capital
des entreprises françaises, amenant avec eux des critères
de gestion
spécifiquement anglo-saxons, il ne s’agissait plus de
gérer l’entreprise en
père de famille, mais de créer les conditions d’une
rentabilité maximale.
La nécessaire mutation de la fonction RH : une contribution à la création de valeur Le risque, pour la
fonction RH
est donc celui d’une marginalisation par rapport à la
façon dont les équipes
dirigeantes des grandes entreprises conçoivent le
« business ». Ce
risque est d’autant plus réel qu’il n’est pas forcément
perçu par les
intéressés. Le DRH, pour être entendu, doit donc
adapter son discours à la
problématique de ses interlocuteurs. Ceux-ci raisonnent en
termes de ROI ou de
création de valeur ; il lui faut donc s’exprimer en termes
de ROI et de
création de valeur. Ce n’est pas en parlant de
« dialogue social » ou
« d’exigence éthique » qu’il aura en effet
une chance d’être pris au
sérieux. Cependant, il se heurte en cela à de sérieux obstacles. Au-delà de la nécessité de faire face à ses obligations en termes de « dialogue social » et d’application d’une réglementation compliquée et toujours changeante, il lui faut adopter une nouvelle façon de voir qui est aux antipodes de ses préoccupations traditionnelles et, parfois, de ses convictions. Il doit désormais, dans l‘exercice de ses responsabilités, raisonner en financier : « que nous rapporterait telle initiative ? et compte tenu de son coût, quelle en serait la rentabilité ? ». La difficulté, c’est qu’un tel chiffrage est souvent loin d’aller de soi. Les outils de mesure du risque social font largement défaut et restent en grande partie à inventer. A cela s’ajoute un obstacle spécifiquement français. Le caractère inévitable d’une opposition nécessaire entre les « intérêts du capital » et « les intérêts des travailleurs » fait partie en France des idées toutes faites qui nous viennent de notre histoire sociale. Travailler à la création de valeur et à la rentabilisation des initiatives de la DRH reviendrait donc à enrichir les actionnaires au détriment des salariés. La rentabilité de l’entreprise, selon un réflexe bien établi, ne pourrait être augmentée que par une « exploitation » accrue des salariés qu’elle emploie, ou par une réduction des coûts passant par une réduction des effectifs. Toute une série de travaux, venant de jeunes économistes installés aux Etats Unis, montre que ce point de vue couramment admis est globalement faux. Les entreprises socialement responsables sont, sur la durée, plus rentables que celles qui composent l’indice S & P 500. Cela signifie que les apporteurs de capitaux eux-mêmes ont tout intérêt à ce que l’entreprise soit exemplaire dans ses rapports avec son environnement et avec son personnel. Bien entendu, il ne s’agit là que d’une moyenne statistique et il sera toujours possible d’affirmer le contraire en mettant en avant tel cas d’espèce qui semble aller à l’encontre de cette tendance générale. Ce sont ces cas d’espèce qui sont le plus souvent mis en avant face dans es médias. Il n’empêche que la tendance générale serait tout autre, ce qui, pour le DRH, est d’une importance capitale. Contrairement à une vision simpliste des rapports de travail en termes de « lutte des classes », cela signifie en effet qu’il lui est possible d’œuvrer tout à la fois à une amélioration de la rentabilité de l’entreprise et à une amélioration des conditions sociales de son activité. Autrement dit, il ne s’agit pas de raisonner dans le cadre d’un jeu à somme nulle (ce qui est gagné par l’un des joueurs étant perdu par l’autre), mais de raisonner dans le cadre d’un jeu à somme positive (les deux joueurs pouvant simultanément gagner au jeu). Cette convergence
s’explique
aisément : une initiative immédiatement rentable
mais contraire aux
intérêts du corps social a pour effet d’accroître,
à moyen et long terme, le
risque social et les coûts qu’il représente. Par exemple,
une entreprise qui
décide de licencier 10% de son
personnel afin d’accroître sa rentabilité immédiate
s’expose à ce que les
« survivants » réduisent leur efficience
de 50% ce qui aura pour
effet de détériorer les résultats d’exploitation,
qui seront donc bien pires
qu’au départ. Ainsi s’explique l’échec de nombreuses
fusions qui se
trouvaient justifiées à l’origine par le souci de faire
des économies d’échelle
ou de faire jouer des synergies et de réduire ainsi les frais de
personnel. On en
tirera une conclusion : le DRH doit donc justifier ses initiatives
à la
fois en termes de conséquences pour les salariés (et de
réactions de leur part)
et en termes de conséquences immédiates, et
quantifiables, pour la rentabilité
de l’entreprise. Il doit se comporter en « social risk
manager » et
en faire comprendre la problématique aux autres membres de la
Direction générale.
Au passage, on notera un point capital : humanisme et calcul
économique ne
sont pas nécessairement contradictoires. Les salariés
peuvent être heureux dans
une entreprise rentable. Et se préoccuper de réduire les
raisons qu’ont les
salariés d’être insatisfaits peut être une
façon de promouvoir la réussite de
l’entreprise. Pour le DRH soucieux de donner à sa mission
un sens au-delà
des chiffres, c’est une bonne nouvelle. Pour les salariés aussi.
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