| Les
coûts du laisser-aller |
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Les
enquêtes de climat social montrent une
situation de délabrement de management humain. Il se révèle par une sorte de laisser-aller, des
lourdeurs bureaucratiques, le poids des habitudes, un effacement de
l’encadrement et, bien évidemment, une perte d’efficacité
générale.
Paradoxalement,
ces effets peuvent s’observer dans des entreprises se portant
financièrement
bien. Ils ne se soldent pas moins par un double déficit.
Déficit
d’efficacité et déficit humain, d’autre part, la
dégradation des rapports
de travail. Chacun parmi les salariés déclare aimer son
métier, mais déplore
les conditions. Ce mal être s’exprime sous forme d’un
développement de stress.
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Les manifestations du
laisser-aller
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Les
manifestations de ce laisser-aller n’apparaissent pas aux yeux des
dirigeants. Ils en voient certains effets, mais ils n’en analysent pas
les causes ou ils les attribuent à des facteurs qu’ils ne
maîtrisent pas : poids de la réglementation, comportements
négatifs du personnel.
Interrogés sur leur vie de tous les jours, les membres du
personnel évoquent toutes sortes d’aberrations qui leur semblent
aller de soi ou qu’ils n’ont pas l’occasion d’exprimer :
- dans
telle entreprise de presse, il n’est pas possible à la personne
chargée du
montage des petites annonces de se procurer du scotch double
face ; il lui
faut faire une demande, libellée en anglais, qui sera
traitée au siège
international ;
- dans
une usine de mécanique, un jeune fraiseur affirme sans rire,
mais avec
timidité : « la grève, c’était
bien, ça nous a permis de visiter et
de faire connaissance ».
Ici, deux
observations s’imposent :
- d’une
part, cette multiplication des « irritants » ignorée
de la Direction générale, voire de la Direction du site ;
par exemple, celle-ci est persuadée que la procédure
d’intégration des jeunes, telle qu’elle a été
formalisée par une procédure ad hoc, se fait dans de bonnes conditions ; en réalité, si elle interrogeait les jeunes, elle apprendrait qu’il n’en est rien ;
- d’autre
part, les intéressés, faute d’explication, imputent
volontiers les dysfonctionnements qu’ils subissent à une
mauvaise volonté de la Direction.
Bien
entendu, ces dysfonctionnements s’accompagnent de part et d’autres de
procès d’intention qui ne font qu’aggraver la situation. Ces
incompréhensions nourrissent un imaginaire social
privilégiant la confrontation.
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| Des dysfonctionnements quotidients
aux carences du management |
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Voilà pour le constat,
reste à expliquer cette dérive et ces aberrations. Dans
les entreprises où l’on observe de tels dysfonctionnements,
l’analyse laisse apparaître de graves carences de haut en bas de
la chaîne d’encadrement :
- dans telle usine occupant pourtant plus de 2000 personnes,
jamais les membres de la Direction générale de
l’entreprise ne se sont déplacés ou alors, ils l’ont
fait sans se faire connaître du personnel et s’ils ont
traversé les ateliers, c’est en s’abstenant de saluer les
salariés : « c’est qu’ils ne s’intéressent pas
à nous » ;
- l’encadrement de proximité ne dispose d’aucun
pouvoir. Face à des négligences ou à des fautes
professionnelles, il ne peut proposer de sanction par crainte de se
faire désavouer ; face à une demande justifiée,
venant du personnel, il ne peut apporter de réponse, faute de
pouvoir lui-même se faire entendre ; face à des rumeurs,
il ne peut apporter d’information, faute d’en disposer lui-même ;
- ce même encadrement est peu visible, étant
accaparé par de multiples tâches administratives (le
fameux « reporting ») qui ne lui permettent pas de jouer
son rôle d’animation. Par facilité il « laisse
faire », laissant la voie ouverte à toutes les
dérives, quand il n’y participe pas lui-même. Son
autorité est réduite et se réduit à des
tâches purement techniques ou administratives ;
- l’anarchie au quotidien tend à s’installer. Par
conscience professionnelle, certains s’efforcent de faire face à
la situation, d’autres en profitent pour se mettre en roue libre,
sachant que de toute façon, ils n’ont aucune sanction à
redouter ; l’ambiance devient délétère.
- chacun s’enfermant dans sa fonction, les dysfonctionnements
se généralisent, les retards et les erreurs se
multiplient, ceux qui voudraient travailler en sont
empêchés ;
- dans ce contexte, les représentants du personnel
jouent un rôle important. Certains d’entre eux s’efforcent
d’exprimer ce qui ne va pas ; leurs critiques sont mal reçues;
d’autres en profitent pour abuser de la situation, dépassant les
heures de délégation à des fins qui ne sont pas
forcément liées à leur mandat ;
- les relations collectives de travail tendent à se
détériorer ; l’incompréhension, la
méconnaissance des situations réelles, nourrissant de
part et d’autres les accusations : « mépris »,
« comportement inacceptable »… Il ne s’agit plus de
rechercher des solutions avantageuses, encore moins de contribuer
à la réussite, mais de dénoncer l’autre.
Un tel contexte se caractérise par une
détérioration des rapports sociaux, par un repli de
chacun sur ses droits et par un fonctionnement largement bureaucratique
laissant peu de place à l’initiative et à l’innovation.
Il en résulte une perte d’efficacité qui n’apparaît
nulle part dans les comptes, mais importante.
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Les coûts du manque de
management
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Ce
délabrement
managérial a des effets sur le bien être de l’homme au
travail. Il peut se traduire par une sensation de stress et avoir des
conséquences sur la santé, ceci débouchant sur
l’absentéisme. Les tensions sociales qui en résultent
peuvent déboucher sur des mouvements de grève et sur la
perte de journées de travail. Les surcoûts les plus
élevés résulteront des retards, des
malfaçons ou des négligences résultant du
désengagement des personnes.
Ces surcoûts sont réels mais difficiles à
détecter... Comment l’expliquer ?
- par l’absence de coordination avec les différents
services qui concourent à l’ordonnancement de l’entreprise ;
- par le manque d’autorité de la maîtrise, qui
« laisse faire », sachant qu’elle ne sera pas soutenue par
l’encadrement ou par crainte de réactions syndicales ;
- par le désengagement d’une partie importante du
personnel.
Chaque métier génère des dysfonctionnements. Tous
ces dysfonctionnements pèsent sur les coûts, donc sur la
rentabilité de l’entreprise. Et tous, ils sont la
conséquence de négligences en matière de
management humain.
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Comment redresser la situation
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Ce manque
à gagner passe
inaperçu aux yeux de la Direction. En effet, il ne figure pas
dans les comptes. La vision de l’entreprise conduit à
négliger la réalité dès lors que celle-ci
n’est pas réductible en chiffres identifiés. Le
« social » est perçu comme une source de coûts
par rapport à la dimension commerciale ou technique de
l’entreprise, seule « créatrice de valeur ». Dans
ces conditions, le DRH peine à se faire entendre, sa fonction
est perçue comme restrictive.
Et pourtant, il y a tout lieu de penser que c’est
précisément la qualité du management humain de
l’entreprise qui est susceptible de « faire la différence
» :
- le rôle de l’encadrement intermédiaire doit
être valorisé ;
- cela suppose que toute la chaîne hiérarchique
soit sensibilisée à l’importance qu’il convient
d’accorder à la dimension humaine de l’entreprise en tant que
vecteur de réussite durable ;
- les progrès réalisés dans la
qualité du management humain doivent être
mesurables, les efforts en ce sens récompensés et les
négligences ou les fautes effectivement sanctionnées ;
- cette rigueur de gestion demande à être
soutenue ;
- comme on va le voir au chapitre suivant, la Direction doit
se garder de l’illusion qui la pousse à croire que ce qu’elle a
décidé est appliqué ; il lui faut disposer de
canaux d’information remontante.
Dès à présent, on observera qu’il en va de la réussite de l’entreprise ; mais il en va de même pour les salariés, de la qualité de leur vie au travail . On peut parler d’un jeu à somme positive, dit autrement, de jeu « gagnant-gagnant ».
Hubert Landier
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