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Dossier du mois : Les principes humanistes au travail
                                                                                                
Partie 2 : Les principes humanistes au travail
Le rationalisme cher à Kant fait toutefois émerger au 19° siècle deux courants de pensée qui, parce qu’ils s’appuient à l’excès sur la rationalité viennent menacer les principes humanistes qui régissent les fondements de la conception de l’homme ; il s’agit du déterminisme et du réductionnisme.
  • Le déterminisme est la théorie selon laquelle la succession des événements et des phénomènes est due au principe de causalité. Le déterminisme postule que l’univers peut être réduit à un modèle simplifié dans lequel le hasard n’existe pas. Tous les développements futurs sont contenus dans l’état présent, tout peut être prédit à l’avance par application de la chaîne causale. Ce principe fonde en partie l’Organisation Scientifique du Travail chère à Taylor, il est encore en vogue dans nombre d’entreprises de nos jours.
  • Le réductionnisme vise à réduire la nature complexe des choses à une somme de principes fondamentaux. Le réductionnisme postule que l’analyse des parties permet une connaissance complète du tout. Tout objet d’étude est ainsi réductible à la somme de ses parties. Par exemple l’individu peut être décomposé en plusieurs entités : biologique, sociologique, psychologique, économique, etc. Chacune de ces entités peut être appréhendée par la science ou la discipline correspondante (biologie, sociologie, psychologie, économie, etc.).
Pour ces deux approches, l’être humain est donc parfaitement objectivable, au même titre que les autres phénomènes de la nature. L’homme est décomposable en un ensemble d’entités auquel il se résume (réductionnisme). Ceci implique que tout phénomène de vie humaine peut être expliqué par les lois causales qui régissent la matière (déterminisme). L’homme est ainsi réduit à un ensemble de réactions physico-chimiques qui le déterminent. Ces réactions régissant ses besoins physiologiques, ses désirs psychiques et ses exigences sociales, les comportements des individus en société peuvent par conséquents être prédits à partir d’un modèle rationnel. L’individu est ainsi sous l’influence de ses déterminismes biologiques, sociaux, économiques, psychiques, historiques, etc. En bref, il est déterminé, et non libre : la liberté est une illusion. Ces deux courants de pensée battent à froid le modèle de liberté, de création de soi par soi, et de responsabilité entre autre envisagé par Kant. Ces deux approches ont longtemps dominé la pensée scientifique, que l’émergence des théories de la relativité et de la physique quantique a remis en cause au 20° siècle, non sans peine.

L’union du réductionnisme et du déterminisme s’est propagée jusqu’au 21° siècle au travers de deux avatars politico-économiques, le libéralisme et le communisme qui proposent, selon des modalités propres - pour le premier l’individualisme et pour le seconde le collectivisme - une théorie de l’homme fondée sur le matérialisme. Le matérialisme postule que le réel n’est fait que de matière et d’immanence, il fait donc fi d’une réalité de l’esprit, dans toutes ses acceptions, qu’elle soit psychologique, spirituelle, ou transcendante, réduisant ainsi l’esprit au cerveau, l’invisible au visible. C’est cette théorie matérialiste, dont la filiation déterministe et réductionniste s’ancre dans le rationalisme, qui à l’heure actuelle détermine amplement les fondements du capitalisme, qu’il soit occidental et ultra-libéral, ou chinois et communiste. C’est cette théorie matérialiste qui se heurte aux principes humanistes qui envisagent l’homme comme un être libre et non déterminé, alors que paradoxalement, elle y a puisé ses fondements. Au vu des excès et des dangers dans lesquels le capitalisme et le matérialisme conduisent l’humanité et l’environnement, il est temps de s’interroger sur la pertinence des théories matérialiste, déterministe et réductionnisme, qui conditionne amplement la façon dont est pensée le capitalisme, le consumérisme, le travail, l’entreprise et le management. L’homme n’est pas une machine, il vaut bien mieux que cela. Pour qui pense que l’homme vaut mieux qu’une machine, l’humanisme est au cœur de ses principes et hiérarchise ses valeurs. Mettre l’humanisme au cœur des principes et valeurs n’est pas s’opposer à la rentabilité. C’est estimer qu’en appliquant les principes de l’humanisme on parviendra à susciter une rentabilité plus responsable, plus durable, car plus soucieuse de l’humanité et de l’environnement. Il est temps de repenser les fondamentaux du travail à l’aune de l’humanisme originel.

Pierre-Eric SUTTER

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