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Dossier du mois : Les principes humanistes au travail
                                                                                                
Partie 1 : « On ne naît pas homme, on le devient »
« On ne naît pas homme, on le devient » proclamait Erasme. Pour les humanistes de la Renaissance, l’homme peut naître à lui-même et développer son humanité par l’éducation et la connaissance. Connaître, c’est discerner le bien du mal et c’est exercer sa liberté avec clairvoyance. C’est se reconnaître dans le projet de construction de soi : les humanistes font de l’homme son propre artisan. Les notions de « création de soi par soi », « d’autodétermination », « d’autonomie » et de « liberté » sont centrales dans la pensée humaniste. Ainsi l’homme peut développer tous ses potentiels et talents, ses facultés proprement humaines et se réaliser dans un projet qui lui est propre.

L’humanisme, en tant que courant de pensée, émerge à la Renaissance, sous l’impulsion de penseurs qui redécouvrent les auteurs de l’antiquité. Un siècle plus tard environ, le « Siècle des Lumières » verra l’apogée de la pensée humaniste. Kant y tient une place centrale. Dans son article intitulé « Qu’est-ce que les Lumières ? » il indique que ces dernières naissent du courage pour chacun « de se servir de son entendement », dit autrement, d’user de sa raison plutôt que de se laisser abuser par ses croyances. Chacun doit chercher à apprendre pour comprendre le monde et se comprendre. Chacun doit développer sa réflexion et sa lucidité, afin d’accéder à une meilleure intelligence des usages qu’il peut faire de sa liberté. La posture humaniste place sa confiance dans la nature humaine parce qu’elle a la conviction que l’homme est en mesure d’être intelligemment libre. Ainsi Kant affirme que l’humanisme suppose une morale autonome (libérée par la raison et non commandée par Dieu, par des mythes irrationnels ou par la superstition) fondée sur la liberté et la responsabilité. L’homme est libre parce qu’il est un être moral qui s’appuie sur sa raison. Les Lumières vont particulièrement contribuer à forger les principes et valeurs humanistes suivants : la raison, l’autonomie, la liberté, le refus d’instrumentaliser l’homme, l’égalité entre les hommes, le droit pour chacun de développer ses talents. Ce sont ces principes et valeurs qui sont au fondement même du capitalisme qui émerge à cette époque, particulièrement au travers de deux avatars : la liberté d’entreprendre et la jouissance de chacun des fruits de son travail.

Pierre-Eric SUTTER



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Homme des Lumières, qu'as-tu fait de ta Raison? La liberté d'entreprendre peut dégénérer en volonté de puissance et démesure. La jouissance des fruits de son travail en esprit de lucre et idôlatrie de l'argent.
Les marchés sont-ils le lieu de la Raison? Les modèles mathématiques déclenchant des arbitrages massifs représentent-ils le réel ? L'épuisement des ressources naturelles est-il un effet du génie humain?
Et si la Raison n'avait pas sa source seulement dans l'homme?
Olivier HAERTIG : Le 04/01/12 à 15h01