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Dossier du mois : Le travail est-il bon ou mauvais ?
                                                                   
Partie 4 : « Le travail (...) unit du positif et du négatif »
Toutefois au début du 19° siècle, dans ce contexte de révolution industrielle, certains mettent en exergue l’ambivalence du travail. Hegel est l’un des premiers à montrer l’intérêt d’une approche qui dépasse une approche binaire, réduite à une argumentation simpliste et réductrice du type « pour ou contre le travail ». En recourant à la « dialectique du Maître et de l’Esclave », il articule les approches tant négatives que positives pour contribuer à faire avancer la compréhension du travail. Selon Hegel, l’esclave qui travaille pendant que le maître consomme devient plus puissant et plus humain que son maître. Le travail a ainsi une nature dialectique, parce qu’il unit du négatif et du positif comme nous l’avons vu dans le volet 1.

Karl Marx, sensible à l’approche de la dialectique hégélienne du Maître et de l’Esclave, a cherché à développer cette pensée. Pour transformer la nature à son idée, l’Homme doit travailler. Il subordonne ainsi sa volonté à un but conscient qu’il a imaginé pour lui-même et non pour un autre. Toutefois, si le travail permet à l’homme de réaliser ses projets, il peut lui être dérobé. Dans le monde capitaliste, Marx constate que le travailleur vend sa force à un patron, en échange d’un salaire. Mais le plus souvent, le patron est détenteur des outils de production qu’utilise le travailleur. Du fait de l’apport en capital investi par le patron pour créer la société, le travail du travailleur crée une rente qui revient au patron et non au travailleur. Ainsi, une partie du fruit de son travail échappe au travailleur : c’est ce que Marx appelle l’aliénation. Selon Marx, en clivant « détention des outils de production » et « force de travail », le capitalisme consacre l’aliénation des travailleurs, organisée par une nouvelle aristocratie, les capitalistes. Pour Marx, cette aliénation est vécue comme un drame violent, parce que le travail est constitutif de l’essence humaine. Pour sortir de cette situation, Marx propose de rendre le travail au travailleur en faisant cesser le système d’exploitation capitaliste, grâce à une réappropriation par les ouvriers des outils de production et du fruit de leur travail. Ce sont sur ces bases théoriques que l’alternative communiste a cherché à se construire contre le modèle capitaliste.

Il serait illusoire de croire qu’il suffirait de changer de système pour stopper certains des maux que génère le capitalisme, l’effondrement sur lui-même du système soviétique et la mutation du système communiste chinois sont là pour nous le rappeler. Plutôt que de s’opposer au système capitaliste, il vaut mieux faire avec et agir dans le système, au niveau de chaque acteur : individu, collectif de travail, sous-groupes sociaux. Les acteurs ont beaucoup plus de pouvoir qu’ils ne l’imaginent. Les lobbies, ONG ou groupements de citoyens sont là pour l’attester. De plus, dénigrer le capitalisme en clamant haut et fort qu’il est mauvais est vain car tout n’est pas négatif dans le système capitaliste. Par exemple par la division du travail, le capitalisme a réellement joué un rôle positif en offrant la possibilité pour chacun d’accéder à un large éventail d’emplois au regard de ses compétences. En favorisant l’émergence de la société de consommation, le capitalisme a permis d’améliorer les conditions et niveau de vie des citoyens. Le capitalisme n’est ni bon ni mauvais, il n’existe que par ce que nous en pensons, nous en disons et nous en faisons.


                                                                                     Pierre-Eric SUTTER


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VOS REACTIONS

Le capitalisme s'est certainement dévoyé de lui-même si l'on se souvient qu'il s'ancre sur le projet de progrès des Lumières. Ce projet était de sortir d'un modèle de civilisation de plus de 1000 ans régi par la hiérarchie aristocratique héritées des Grecs. Ce projet a émergé et s'est développé en mettant le travail au centre des préoccupations humaines.
Le statut du travail était ainsi passé de répugnant (reservé à l'esclave puis au serf) à valorisant, parce qu'il offrait à chaque individu d'être "la matière de son agir" (comme l'écrivait Hegel), i. e. une opportunité de s'élever au-dessus de sa condition. C'est effectivement cette règle qui a prévalu jusqu'au 20° siècle, jusqu'à ce que les excès du taylorisme mette le "travail en miettes", comme le souligne très justement le sociologie Friedmann dès les années 1950.
Désormais, à l'aube de notre 21° siècle, il semblerait que c'est désormais le travailleur qui soit en miettes, pris dans le piège du "salarié-consommateur", tiraillé par son statut de client exigeant de son propre employeur qu'il lui fasse produire plus vite pour qu'il puisse consommer encore plus vite. Le cercle vivieux s'est refermé sur l'individu qui se retrouve également pris au piège de l'individualisme et qui ne peut compter sur une représentation du personnel crédible, si l'on en juge par la teneur des relations sociales fort médiocres en France (57° sur 60 des pays de l'OCDE).
N'ayons pas peur! Soyons vigilants! Pas peur du capitalisme qui peut également produire de bonnes choses comme indiqué dans ce dossier. Vigilants, pour qu'il en devienne pas un nouveau totalitarisme pire que ceux qu'il a réussi à combattre et à faire quasiment disparaitre. Cela se fera exactement par une prise en compte des valeurs et surtout par leur mise en oeuvre, en transformant le capitalisme lui-même de l'intérieur. Par la prise en compte des valeurs environnementales, le capitalisme est déjà en train de se métamorphoser quant à sa vision sur les ressources matérielles: les produits bio, le recyclage, les énergies alternatives, les véhicules électriques en sont quelques premisses qui ne demandent qu'à se développer.
En ce qui concerne les ressources plus immatérielles que sont les"ressources humaines" n'oublions pas les leçons de l'histoire, et rappelons-nous que l'histoire n'est qu'un éternel recommencement. Relisons vite "L'assommoir" de Zola. A force tuer les ouvriers à la tâche, ceux-ci finissaient par mourir. Plus de bras plus de production. Plus de production, plus de profits. C'est comme ça que la capitalisme paternaliste est né. Comme nous le citions dans un précédent billet, même les syndicalistes en viennent à regretter cette forme de capitalisme (qui préservait les ouvriers même s'il y avait une forme d'instrumentalisation) vs. le néoliberalisme financier qui prône le downsizing et autres compressions de personnel pour faire plus de profit. D'où la nécessité de faire valoir les valeurs sociales (comme tente de le faire régulièrement ce blog), en montrant qu'elles ne sont pas incompatibles avec la création de valeur économique: rentabilité et humanisme ne sont pas incompatibles, bien au contraire, ils ont besoin l'un de l'autre.
Quand il n'y aura plus de salariés mentalement présents (c'est à dire désengagés pour les uns, en arrêt de travail pour les autres), qu'il faudra quand même les payer alors qu'ils ne sont plus productifs, les dirigeants (et leurs actionnaires) verront tout l'intérêt d'investir dans la lutte contre ce qui rend absent mentalement les salariés: lutte contre le stress (comme l'exemple véridique de Nokia) et développement du bien-être entre autres. Certaines entreprises commencent à le faire, les autres suivront quand elles verront qu'elles sont concurrentiellement meilleures...

Réponse P.E. SUTTER : Le 02/03/10 à 12h47

Le capitalisme s'est certainement dévoyé de lui-même si l'on se souvient qu'il s'ancre sur le projet de progrès des Lumières. Ce projet était de sortir d'un modèle de civilisation de plus de 1000 ans régi par la hiérarchie aristocratique héritées des Grecs. Ce projet a émergé et s'est développé en mettant le travail au centre des préoccupations humaines.
Le statut du travail était ainsi passé de répugnant (reservé à l'esclave puis au serf) à valorisant, parce qu'il offrait à chaque individu d'être "la matière de son agir" (comme l'écrivait Hegel), i. e. une opportunité de s'élever au-dessus de sa condition. C'est effectivement cette règle qui a prévalu jusqu'au 20° siècle, jusqu'à ce que les excès du taylorisme mette le "travail en miettes", comme le souligne très justement le sociologie Friedmann dès les années 1950.
Désormais, à l'aube de notre 21° siècle, il semblerait que c'est désormais le travailleur qui soit en miettes, pris dans le piège du "salarié-consommateur", tiraillé par son statut de client exigeant de son propre employeur qu'il lui fasse produire plus vite pour qu'il puisse consommer encore plus vite. Le cercle vivieux s'est refermé sur l'individu qui se retrouve également pris au piège de l'individualisme et qui ne peut compter sur une représentation du personnel crédible, si l'on en juge par la teneur des relations sociales fort médiocres en France (57° sur 60 des pays de l'OCDE).
N'ayons pas peur! Soyons vigilants! Pas peur du capitalisme qui peut également produire de bonnes choses comme indiqué dans ce dossier. Vigilants, pour qu'il en devienne pas un nouveau totalitarisme pire que ceux qu'il a réussi à combattre et à faire quasiment disparaitre. Cela se fera exactement par une prise en compte des valeurs et surtout par leur mise en oeuvre, en transformant le capitalisme lui-même de l'intérieur. Par la prise en compte des valeurs environnementales, le capitalisme est déjà en train de se métamorphoser quant à sa vision sur les ressources matérielles: les produits bio, le recyclage, les énergies alternatives, les véhicules électriques en sont quelques premisses qui ne demandent qu'à se développer.
En ce qui concerne les ressources plus immatérielles que sont les"ressources humaines" n'oublions pas les leçons de l'histoire, et rappelons-nous que l'histoire n'est qu'un éternel recommencement. Relisons vite "L'assommoir" de Zola. A force tuer les ouvriers à la tâche, ceux-ci finissaient par mourir. Plus de bras plus de production. Plus de production, plus de profits. C'est comme ça que la capitalisme paternaliste est né. Comme nous le citions dans un précédent billet, même les syndicalistes en viennent à regretter cette forme de capitalisme (qui préservait les ouvriers même s'il y avait une forme d'instrumentalisation) vs. le néoliberalisme financier qui prône le downsizing et autres compressions de personnel pour faire plus de profit. D'où la nécessité de faire valoir les valeurs sociales (comme tente de le faire régulièrement ce blog), en montrant qu'elles ne sont pas incompatibles avec la création de valeur économique: rentabilité et humanisme ne sont pas incompatibles, bien au contraire, ils ont besoin l'un de l'autre.
Quand il n'y aura plus de salariés mentalement présents (c'est à dire désengagés pour les uns, en arrêt de travail pour les autres), qu'il faudra quand même les payer alors qu'ils ne sont plus productifs, les dirigeants (et leurs actionnaires) verront tout l'intérêt d'investir dans la lutte contre ce qui rend absent mentalement les salariés: lutte contre le stress (comme l'exemple véridique de Nokia) et développement du bien-être entre autres. Certaines entreprises commencent à le faire, les autres suivront quand elles verront qu'elles sont concurrentiellement meilleures...

Benoît BONPAS : Le 02/03/10 à 12h10