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Dossier du mois : Le travail est-il bon ou mauvais ?
                                                                   
Partie 3 : - Le travail au centre de notre société et de nos vies
Le travail est à ce point central dans notre société que lorsque l’individu le perd, il en recherche un, parfois désespérément, malgré les souffrances qu’il a pu éventuellement lui infliger. L’individu subit une telle remise en cause de son identité qu’il se sent exclu socialement, comme l’on montré nombre de chercheurs en sciences humaines et sociales. Perdre son emploi, c’est comme perdre sa place dans la société.

Pourtant, le travail n’a pas toujours été aussi central dans notre société, bien au contraire, il a même été fustigé et considéré comme dégradant. À l’époque des Cités grecques, le travail est réservé aux esclaves, les élites estimant qu’il empêche à l’esprit de s’élever et à l’individu de se consacrer à la vie politique. Aristote estime que la nécessité vitale (celle des besoins primaires : se nourrir, se vêtir, etc.) à laquelle répond le travail n’est pas digne de notre humanité : nous vaudrions mieux que lui. De fait, le travail est réservé à l’esclave, cette « machine animée, dépourvue de la faculté de délibérer ».
Cette approche aristocratique du travail a fortement prévalu dans les sociétés occidentales jusqu’au 18° siècle. Ce fut le cas en France jusqu’à la Révolution, le travail étant dévolu à certaines catégories sociales bien identifiées et bien distinctes : la noblesse et le clergé ne travaillent pas (ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils ne font rien), tandis que le tiers état regroupe toutes les forces laborieuses : paysans, artisans, manufacturiers, négociants, etc. C’est seulement au 18° siècle, durant le siècle des Lumières, que le travail change de statut en Occident : il n’est plus seulement le moyen de subvenir à ses nécessités vitales, il offre également un but, la possibilité de « devenir soi-même ». En réhabilitant les arts mécaniques (techniques et manuels) qu’il place au même rang que les arts libéraux (intellectuels), Diderot accorde au travail – manuel ou intellectuel – une dimension positive à ce qui était considéré comme une punition divine.

Grâce aux avancées techniques et à la révolution scientifique, se mettent en place les premiers discours universels qui dépassent les particularismes régionaux. On apprend par exemple que la gravitation universelle vaut pour tous, quelle que soit la contrée où elle s’exerce et quels que soient ses autochtones. Grâce au principe de raison, développé par Descartes, puis au principe causal, il n’y a plus de mystère dans la nature. Tout est explicable, tout a sa raison d’être. On rompt alors avec l’animisme des anciens : mère-nature perd son âme, on assiste au désenchantement du monde. Se dessine alors un projet de civilisation : libérer l’humanité de ses croyances aliénantes, la rendre plus heureuse par le progrès. C’est la naissance de l’humanisme en Occident. L’homme se libère de la tyrannie de la nature. Par son travail, il accède à une forme de liberté intérieure. La nature n’est plus sacrée, comme la vénéraient les anciens, on peut l’utiliser aux seules fins de l’homme. L’idée du progrès s’installe, la révolution industrielle aussi. De jeunes pays, anciennes colonies affranchies de la « vieille Europe », en viennent à fonder leurs valeurs nationales sur l’idée que leurs élites et leurs dirigeants se font du travail, lui donnant ainsi toutes ses lettres de noblesse. Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis (de 1801 à 1809) et rédacteur d’une partie de la Déclaration d’indépendance, explique que l’œuvre dont il est le plus fier est d’avoir créé des États-Unis méritocratiques, où une « nouvelle aristocratie de la vertu et du talent » a remplacé les vieilles aristocraties aux privilèges devenus indus.

                                                                                             

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