| Dossier du mois : Le travail est-il bon ou mauvais ?
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| Partie
2 : Qu’est-ce que le phénomène « stress au travail » ? |
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Cette question appelle une multiplicité de réponses qui montre toute la complexité du phénomène « stress au travail ». Les réponses sont multiples parce que le « stress au travail » intéresse beaucoup de monde, parce qu’il est non seulement un phénomène de société mais aussi un objet d’étude scientifique. C’est d’abord un phénomène de société parce que le vocable « stress » ou ses dérivés « chuis stressé » ou « ça m’stresse grave » sont dans toute les bouches, qu’il s’agisse de ne pas rater son RER, ses exams, sa carrière ou sa vie de couple. Oui, le stress est un phénomène de société parce qu’il est au cœur des préoccupations de la majorité de nos contemporains. De la France d’en bas qui en a fait l’une des causes de l’explosion de la consommation de psychotropes depuis une trentaine d’années jusqu’au ministre du travail qui en a fait une cause nationale, peu après la vague de suicides au sein d’entreprises dans lesquelles l’état est encore actionnaire. Car désormais le stress ne se cantonne pas à la sphère de la vie personnelle en s’arrêtant aux portes des entreprises, il entre de plain pied dans la sphère de la vie professionnelle. Le phénomène « stress au travail » n’est pas qu’un phénomène de société, c’est aussi un objet d’étude scientifique. Toutefois il divise plus qu’il ne rassemble les nombreux spécialistes qui s’y attèlent : médecins du travail et psychiatres, psychologues du travail et ergonomes, sociologues des organisations et gestionnaires. Selon la facette d’observation adoptée, l’objet d’étude « stress au travail » a pour particularité d’être à cheval sur plusieurs disciplines et donc sur plusieurs paradigmes. Parce qu’il est avant tout un mécanisme biologique, le stress est régi par deux principes des sciences de la nature : le principe d’exactitude et le principe de causalité linéaire. C’est ce qui fait dire à l’individu qui le subit « j’ai mal » sachant que ce mal est tangible parce que physique. Parce qu’il se manifeste dans un espace-temps anthropologique donné - le stress de tels êtres humains, en interaction dans telle situation de travail, dans telle organisation contingente, déterminée par telle culture, telle histoire, telles valeurs…, le stress est régi par deux principes des sciences de l’homme : le principe d’incertitude et le principe de causalité circulaire. C’est ce qui fait dire à l’individu qui le subit « je suis mal » sachant que ce mal est intangible parce que psychique au sens large : psychologique et existentiel. Fort heureusement, la complexité du phénomène « stress au travail » peut s’aborder avec simplicité si l’on veille à ne pas confiner au simplisme. En recourrant à la pensée disjonctive chère à Descartes, on peut isoler l’objet de pensée (le stress au travail) du sujet penseur (le travailleur stressé). Autrement dit, on peut déterminer dans l’effet « stress au travail » des objets de stress et des sujets de stress, des variables dépendantes et des variables indépendantes, des causes et des conséquences. On peut synthétiser ce qui vient d’être dit par une formule : Stress = stresseurs X stressabilité. Dans cette formule « stresseurs » représentent les causes organisationnelles et sociales d’exposition au stress et « stressabilité » représente les conséquences de l’exposition du stress sur les individus en fonction de leur sensibilité physiologico-pshychologique. Le signe « X de multiplication » signifie que c’est la combinaison des deux facteurs de l’équation qui aboutit aux pathologies du stress. Sans stresseurs environnementaux, pas de stress. Sans stressabilité individuelle, pas de stress. Dit autrement, on peut être exposé à des stresseurs sans pour autant développer de symptômes de stress. On peut individuellement présenter une forte sensibilité physiologique ou psychologique au stress sans pour autant développer de symptômes de stress. Là est l’une des subtilités de la complexité du phénomène « stress au travail ». Voyons maintenant en quoi la centralité du travail pousse les individus au travail à en arriver à perdre leur vie à tenter de la gagner. | |
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