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Dossier du mois : Leadership & sens hiérarchique : Sens du travail & travail sur le sens
                                                                   
Partie 4 : Leadership et sens du travail - Hiérarchie et travail sur le sens
Donner un sens au travail ne consiste pas seulement à élaborer une stratégie et fixer une direction à suivre, déclinée en objectifs organisationnels ; c’est une condition certes nécessaire mais pas suffisante. C’est néanmoins le rôle du leader que d’indiquer une direction et d’inciter ses collaborateurs à la suivre. Mais au-delà de la direction à suivre, le travail fait sens différemment pour chacun. Pour paraphraser la philosophe D. Méda, le travail fait sens dans trois directions.
  • 1° direction - le travail, facteur de production : en échange du lien de subordination, le travail procure un salaire qui permet d’assouvir les besoins primaires (se nourrir, se vêtir, se loger…).
  • 2° direction - le travail, facteur de socialisation : en échange du respect d’un rôle et de certaines règles de fonctionnement en collectif, le travail procure un statut sociétal et du lien social.
  • 3° direction - le travail, facteur de réalisation existentielle : en donnant une occupation à laquelle on donne un sens tout à fait intime et personnel, le travail contribue à donner un sens à la vie au travail et à la vie tout court. Le travail donne d’ailleurs un sens à la vie de chacun par dépendance ou par contre-dépendance : par dépendance, quand le travail est le facteur de réalisation principal de l’individu ; par contre-dépendance quand le travail lui permet de se réaliser ailleurs que dans le travail, dans sa vie associative par exemple.
Négliger voire nier l’une ou l’autre de ces dimensions dans l’organisation, c’est réduire le sens au travail qu’y trouvent les salariés, c’est obérer leur potentiel de création de valeur et c’est accroître leur tension psychique. Connaître ce qui fait sens pour les acteurs sociaux et le conjuguer avec les valeurs de l’entreprise, c’est donner du sens à leur travail et accroître leur bien-être. Prendre le leadership sur un collectif de travail c’est prendre en compte toutes les croyances et valeurs qui dans l’organisation font sens pour les différents groupes d’acteurs sociaux en présence. Comme nous vu précédemment, les croyances et valeurs ne doivent pas entrer en conflit et venir tronquer la ou les différentes directions du sens du travail choisies par chacun. Les acteurs de l’entreprise doivent conduire un travail sur eux-mêmes : comprendre le sens que d’abord eux-mêmes puis autrui donnent à leur travail dans l’entreprise. Ils découvriront autant leurs différences que ce qui les rassemblent dans l’organisation, au regard des finalités de cette dernière et des leurs propres

En conclusion, le travail sur le sens du travail, ou plutôt sur « les » sens du travail, facilite la découverte d’autre façon de penser et d’agir dans l’organisation et donc de créer de la valeur par la prise en compte des valeurs d’autrui. Le « one best way » a fait long feu, mais il a la vie dure… C’est, nous semble-t-il, ce qui est en train de se passer en ce début de 21° siècle concernant l’industrie automobile. Celle-ci est entre dans une nouvelle ère qui l’oblige à penser différemment la voiture et ses usages. S’ils veulent survivre, les constructeurs automobiles seront amenés à concevoir la voiture de moins en moins dans une logique de fourniture d’un bien matériel et de plus en plus dans celui d’un service de mobilité, c’est-à-dire comme un bien de plus en plus immatériel. Les constructeurs qui ne prendront pas en compte les valeurs liées à la protection de la planète ou à la fin du désir de posséder des biens matériels sans valeurs immatérielles ne feront sans doute pas de vieux os, comme il en a été à l’époque des diligences quand le train et le réseau ferroviaire les ont supplantées (nous renvoyons le lecteur vers le billet du 29/06/09 d’Hubert Landier pour un éclairage complémentaire)... Tout comme pour les acteurs de l’industrie automobile, il est primordial que les organisations entament ce travail sur le sens. Ce travail sur le sens, comme prise en compte des valeurs sociales, favorise la mobilisation de toutes les compétences et qualités humaines en donnant un sens au travail des acteurs sociaux en interaction, même si ce sens est différencié. Il favorise ainsi la création de valeur économique au sein des organisations et permet à ces dernières de se focaliser sur autre chose que leur simple survie.


                                                                                     Pierre-Eric SUTTER


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