Retour à l'accueil

Dossier du mois : Performance et santé mentale au travail : antinomique ou complémentaire ?
                                                                   
Partie 3 : - Le travail peut-il contribuer au bien-être des salariés ?
Bonheur, bien-être, satisfaction au travail : quelle différence ? Souvent dans le langage courant, les termes « satisfaction au travail », « bien-être au travail » voire « bonheur au travail » coexistent indifféremment. Dans certains discours d’entreprise en lien avec la vie au travail, la satisfaction, le bien-être et le bonheur semblent ne faire qu’un, sans que l’on se demande si on parle bien de la même chose ou de choses différentes. C'est comme si on parlait de « fleur », « faune » et « nature » en sous-entendant que ce sont les mêmes réalités. Ce raccourci est d’ailleurs à la fois correct et incorrect : correct, car la partie « fleur » appartient bien au tout « nature » et au sous-ensemble « faune », mais incorrect, car toute la nature n’est pas contenue dans une simple fleur.

L’être humain étant ce qu’il est, il ne court pas spontanément vers plus de douleur, plus de malheur, moins de connaissance. Inévitablement, on ne peut pas ne pas se poser la question : le travail peut-il contribuer à son bien-être (tel que définit et décrit ci-dessus) alors qu’il semble contribuer de plus en plus au malheur de certains de nos contemporains ? Cette question, abyssale, n’appelle pas une réponse simple ou univoque. Elle nécessite qu’on y voit clair quant à la notion de bien-être qui sous-tend celle du bonheur du fait que ce dernier englobe ce premier ; ensuite elle pose celle du travail, si l’on veut enfin envisager la question du bien-être comme facteur de santé mentale au travail.

Concernant la question du bonheur : Les philosophes placent le bonheur au centre de leurs réflexions. D’aucuns disent que l’homme est à la poursuite du bonheur, ou tout du moins d’une « vie bonne », pour reprendre le terme qu’emploie le philosophe Luc Ferry. Mais peut-on cerner le bonheur, peut-on le quantifier (comme cherche à le faire la commission Stiglitz) et donc mesurer le bien-être des êtres humains ? Nous renvoyons le lecteur vers le dossier qui a été consacré à la mesure du bonheur pour approfondir la question et les réponses que nous avons pu y apporter. Mentionnons toutefois que vue la centralité acquise par la place du travail dans notre société, il y a fort à parier que le travail est un ingrédient du bonheur, au moins par dépendance ou contre-dépendance.

Concernant la question du travail : Le travail peut-il contribuer au bien-être des individus, et donc à leur santé mentale ? La vocation du travail n’est-elle pas plutôt de permettre de répondre à certains besoins, plus ou moins primordiaux, en échange du salaire qu’il apporte ? Peut-il contribuer à générer du bien-être par les bienfaits qu’il apporte (lutte contre l’ennui, salaire, lien social) ? Ce bien-être généré par le travail est-il générique (commun à tous les salariés) ou spécifique (unique pour chacun) ? Aborder cette question par le petit bout de la lorgnette est réducteur ; de réducteur il peut être mutilant, comme le montrent les pathologies et autres drames professionnels dont les médias se font l'écho.

Concernant la question du bien-être au travail : est-il possible d’envisager le bien-être au travail dans le cadre d’un rapport de subordination ? Peut-on estimer que le bien-être puisse se mettre en scène dans un rapport taylorien de « prescripteurs » à « exécutants » (sous la forme d’une injonction paradoxale du type « soyez bienheureux ! ») ? Le bien-être peut-il se mesurer (pour que l’employeur puisse en estimer la présence ou l’absence auprès de ses salariés) est-il quantitatif et matériel, se réduit-il au seul plaisir ou à l’assouvissement des besoins ? Est-il plus qualitatif, plus immatériel, plus existentiel (et sans doute plus difficile à mesurer) ?. Dans ce contexte, le travail peut-il contribuer à une forme de réalisation existentielle plus immatérielle ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre simplement. Le bonheur, le bien être et même la satisfaction ne se commandent pas, tout au mieux, ils se recommandent. C'est tout le sens d'une démarche de prévention de la santé mentale au travail.

Affirmer que la satisfaction le bien-être ou bonheur sont une constituante de la santé mentale est sans doute correct. Bien que ces notions en soient une condition nécessaire, elles n’en sont pour autant pas des conditions suffisantes : on peut être heureux de voir grandir ses enfants sans être satisfaits par le bulletin scolaire qu’ils ont ramenés et vice versa, on peut être satisfait à juste titre par le bulletin qu’ils ont ramené mais leur réussite scolaire ne peut suffire à elle seule à garantir notre santé mentale. Réduire la santé mentale à la satisfaction ou au bien-être serait tout à fait réducteur. Transposons cet exemple au monde professionnel : on peut être satisfait par les conditions de travail que propose son employeur mais ne pas se réaliser dans son travail ou au contraire, se réaliser professionnellement alors que les conditions de travail sont difficiles et peu satisfaisantes. En ce sens, les conditions de travail mises en œuvre par l’employeur peuvent nuire gravement au bien-être des salariés et donc peser sur leur santé mentale comme tout autant contribuer à leur épanouissement. C’est tout le propos du rapport KOSCUISKO-MORIZET qui va dans le sens de ce que Hegel disait au début du 19° siècle : « le travail est dialectique car il unit du positif et du négatif ». Tout l’enjeu réside dans la capacité à faire le bilan de ce positif et de ce négatif, donc à mesurer la santé mentale par un diagnostic approprié.

                                                                                             

Partagez :                              
Pour réagir à ce dossier, cliquez ici en précisant : Dossier - Performance et santé au travail - P 3