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Dossier du mois : Développer le bien-être au travail par l’estime de soi
                                                                   
Partie 4 : « Le manager, tuteur de l’estime de soi des collaborateurs
Pas facile d’être manager de nos jours : chargé par sa direction de relayer la stratégie de son entreprise – stratégie à laquelle il participe de moins en moins soit dit en passant, le manager doit également s’assurer du bien-être de ses collaborateurs au quotidien, du fait notamment des obligations et responsabilités d’employeur. Il peut être amené à émettre des injonctions vers ses collaborateurs – certes conformes aux intérêts de son entreprise mais parfois contraires à ses valeurs ou à celles de ses subordonnés. Ce qui peut parfois le pousser, dans les situations extrêmes, jusqu’à exercer des violences morales sur ceux-ci, par souci du respect de l’atteinte des objectifs qui lui sont fixés. Mais le plus souvent au quotidien, le manager se trouve pris dans un jeu de double contrainte composé d’injonctions paradoxales comme « soyez autonomes, mais ne sortez surtout pas de la procédure à suivre »… De telles injonctions peuvent tout autant affecter l’estime de soi des collaborateurs que celle du manager. Avec un peu de vigilance et de bon sens, le manager peut réguler la plupart de ces injonctions paradoxales, en mettant du jeu dans les rouages et surtout en adoptant une posture « hiérarchique », nous y reviendrons. Toutefois, il est d’abord des erreurs à ne pas commettre parce qu’elles peuvent détruire l'estime de soi des collaborateurs. Le manager devra être vigilant sur certains points :
  • Entretenir une trop grande distance avec ses collaborateurs ou n’être que trop peu disponible à leurs sollicitations.
  • Canaliser difficilement ses émotions ou transférer son stress sur ses collaborateurs.
  • Fixer des objectifs flous ou inatteignables qui ne peuvent conduire qu’à l'échec.
  • Ne pas fournir les ressources nécessaires ni l'autonomie de décision permettant aux collaborateurs d'atteindre leurs objectifs.
  • Emettre en permanence des signes de reconnaissance négatifs (pointer ce qui va mal) être avare de signes de reconnaissance positifs (pointer ce qui va bien).
  • Humilier ses collaborateurs ou s'acharner sur certains en les transformant en bouc émissaire.
Enfin, il est primordial que le manager adopte une posture hiérarchique. Cela signifie qu’il doit être sensible à la logique de valeurs qui guide ses collaborateurs. Or le plus souvent, le manager, en tant que représentant de sa Direction, est guidé par une logique «praxéologique», qui réclame que soient mobilisés des moyens en phase avec les fins et objectifs de l’organisation.

Les individus quant à eux sont régis par une logique « idéologique ». Il faut entendre «idéologique» dans son sens sociologique de « systèmes d’idéaux » ; les systèmes d’idéaux étant composés de croyances, valeurs ou normes qui conditionnent la pensée et les comportements des individus. Lorsqu’il est en prise avec une double contrainte telle que «soyez autonomes, mais ne sortez surtout pas de la procédure à suivre », le manager doit exercer son sens « hiérarchique » pour discerner la hiérarchie des valeurs en jeu quand un ordre doit être appliqué. Qu’est-il de plus important dans telle situation avec tel collaborateur: qu’il suive la procédure ou qu’il soit autonome ? Il n’y pas de réponse toute faite. Tout dépend de la situation et du collaborateur. Tel collaborateur se sentira sécurisé par le fait de suivre telle procédure. Tel autre collaborateur se sentira valorisé dans le fait de pouvoir parfois « sortir des clous » et contribuer par sa créativité à non seulement atteindre ses objectifs mais aussi à améliorer la procédure… La hiérarchie des valeurs se recompose en permanence, en fonction des situations et individus en présence. Prendre en compte les valeurs des collaborateurs donne du sens à ce qu’ils font et construit leur estime de soi d'autant plus s'ils atteignent les objectifs qui leur sont fixées. En ce sens, les logiques praxéologique et idéologique, loin de s'opposer, se conjuguent en harmonie.
Pour le manager, exercer son sens hierarchique suppose d’être en confiance avec ses collaborateurs. Cela suppose qu'il soit suffisamment proches d’eux pour pouvoir appréhender leur système de valeur en en parlant avec eux, en toute simplicité. Proximité et l’homme au centre...


                                                                                     Pierre-Eric SUTTER


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