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Dossier du mois : Suicide au travail : Après le travail en miettes, le travailleur en miettes ?
                                                                   
Partie 3 : Les dangers de la performance : le travailleur en miettes ?
De nos jours, les entreprises font la course aux performances : réduction des coûts, productivité, rentabilité… On pourrait résumer cette course par la formule suivante : « toujours plus, de plus en plus vite ». Les nouvelles clés de la compétitivité passent par l’adaptation permanente de l’organisation du travail et par un accroissement de la qualité des biens et des services produits. Le travail est en conséquence réorganisé en permanence ; il est accompagné d’une exigence croissante de réactivité, de souplesse et de flexibilité. Les préceptes classiques du taylorisme n’y suffisent plus. L’organisation des entreprises s’est radicalement transformée en un « productivisme réactif » qui s’est substitué au taylorisme. Ce nouveau productivisme engendre un enrichissement certain du travail par l’intellectualisation, la polyvalence, ou la mise en responsabilité des travailleurs qu’il propose, mais ses effets sont d’une autre nature.

En plus des méfaits décrits il y a plus de cinquante ans par Georges Friedmann, on assiste dorénavant à l’accroissement de la charge mentale sans pour autant que les contraintes physiques s’atténuent. Le travail aujourd’hui cumule de plus en plus contraintes physiques et contraintes mentales. On assiste à une véritable épidémie de TMS (troubles musculo-squelettiques), tandis que les pathologies psychologiques et psychiatriques restent stables. L’avènement de ce productivisme réactif coïncide en France avec la mise en place des 35 heures. Ces dernières, qui s’annonçaient comme un enrichissement, voire comme une forme d’émancipation par rapport au modèle tayloriste, se sont accompagnées en réalité d’une dégradation des conditions de travail et d’une intensification du travail.

La course aux performances des entreprises engendre des contraintes au sein des organisations qui se traduisent ainsi par un cumul de contraintes, en augmentation constante, que subissent les salariés. Plus précisément, des salariés qui enduraient seulement des contraintes mentales (pression du client, tensions, etc.) voient s’ajouter désormais des contraintes physiques. Inversement, les contraintes mentales touchent désormais des professions auparavant soumises à des contraintes physiques. C’est le cas des logiques de production en « juste à temps ». Le productivisme moderne a des conséquences ambiguës sur le bien-être des salariés : rythme plus soutenu, mais plus d’autonomie et un enrichissement des tâches et plus de polyvalence, tout en cassant les collectifs de travail, en promouvant l’individualisation. De fait, la situation des salariés se détériore dans les entreprises où le cumul des contraintes sur les conditions de travail ne sont pas prises en compte par les directions, mais inversement, elle s’améliore si l’employeur et les partenaires sociaux intègrent cette dimension. Les causes de ces nouveaux désordres du travail sont effectivement liées à une organisation du travail inappropriée, qui prend de moins en moins en compte la dimension humaine. Comment, alors, comprendre que les salariés en viennent à subir des extrémités destructrices, voire autodestructrices, pour – ou à cause de – leur travail ? Quel est le mécanisme qui consiste à pousser les individus à se mettre sous la coupe d’une organisation, à accepter les objectifs de performance et à s’y conformer, voire à les dépasser ?

                                                                                             

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