| Dossier du mois : Suicide au travail : Après le travail en miettes, le travailleur en miettes ?
|
![]() |
| Partie
2 : Les contradictions du travail |
|
Georges Friedmann écrit son livre en pleine époque des Trente Glorieuses, époque bénie de la croissance continue et du plein emploi. Quelle serait son analyse du travail aujourd’hui ? Opposerait-il encore « loisir » au « travail » ? Depuis la fin des Trente Glorieuses, la crise et le chômage se sont installés. Nous assistons à de nombreuses métamorphoses du travail : d’une part, le chômage de masse et de longue durée, la précarité le rendent rare et précieux. D’autre part, l’éclatement des parcours, la diversité des tâches au sein d’un même métier, la polyvalence, la porosité croissante entre les sphères professionnelles et personnelles ont contribuer à faire disparaître les points de repères traditionnels : comment désormais cerner son travail, comment définir le travail ? La classe politique française contribue à rendre ambigu le sens à donner au travail. A gauche, il faudrait en réduire le temps au profit d’une vie plus amplement consacrée aux loisirs ; à droite, il faudrait l’augmenter, l’intensifier pour gagner plus, quitte à dégrader les conditions de travail. Et l’ambiguïté est accrue lorsque le travailleur constate le paradoxe que portent certaines décisions politiques sensées améliorer sa condition qui aboutissent au contraire à la dégrader. Comme Philippe Askenazy l’a démontré dans son livre « Les désordres du travail » (La république des idées, Seuil, 2004), le cas des 35 heures, en est la triste illustration : sensée donner plus de temps de loisir aux travailleurs à iso-salaire en prenant ce temps sur leur temps de travail, la réduction du temps de travail a engendré une forte dégradation des conditions de travail qui s’est répercutée en priorité sur les travailleurs les moins qualifiés. Et ce parce que les entreprises qui ont subi les 35 heures n’avaient pas d’autres solutions, pour maintenir la condition de l’iso-salaire, que de demander autant sinon plus à leurs salariés : faire en 35 heures ce qu’ils faisaient avant en 39… Lénine ne disait-il pas : « les faits sont têtus » ? Les meilleures idées se heurtent au réel jusqu’à en faire trébucher les idéologies les mieux intentionnées, parce qu’elles n’envisagent souvent l’Homme au travail que partiellement et de façon réductrice. L’enfer du stress est pavé des bonnes intentions des thuriféraires des RTT qui n’ont pas su avoir une approche suffisamment réaliste de l’organisation du travail dans le monde des entreprises et sans doute parce qu’ils restaient avec cette représentation simpliste du travail qui s’oppose au loisir. De fait désormais, deux impératifs, en apparence contradictoires, coexistent dans les esprits de nos contemporains quand il s’agit de penser leur travail :
|
![]() |
| Pour
réagir à ce dossier, cliquez
ici en précisant : Dossier - Suicide au travail - P 2 |