| Dossier du mois : Mesurer le bonheur au travail : oxymore utopiste ou contradictions réconciliables ? |
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| Partie
3 : Définir le bonheur au travail, une tâche délicate |
Si l’on se penche sur ses multiples définitions, force est de constater que tenter de décrire le bonheur est complexe, du fait qu’il est constitué de composantes multiples et indissociables qu’il serait trop long de décrire ici. Ce que l’on peut dire en synthèse, c’est que le bonheur recouvre deux dimensions : une dimension sensible (« se sentir bien ») et une dimension idéelle – c’est-à-dire intellectuelle, voire existentielle (« être bien »). Précisons ce que l’on entend par ces deux dimensions.
La satisfaction désigne dans l’usage courant le plaisir qui résulte de l’accomplissement de ce que l’on désire. Parce que la satisfaction est ce qui accompagne l’assouvissement d’un désir, on la distingue du simple contentement qui ne marque que l'achèvement d’un besoin. A ce titre, la satisfaction constitue un sentiment plus qu'une simple sensation d’apaisement ; elle s’oppose à l'état de frustration qui traduit la tension du désir ou du besoin et qui s’accompagne d’un état de déplaisir psychologique. La satisfaction est ainsi la dissipation du déplaisir, de la peine psychologique. L’attente du plaisir crée un désir, rendant l’individu plus ou moins demandeur. Tant que le plaisir souhaité ne sera pas obtenu, l’individu vivra donc une insatisfaction. Il y a satisfaction lorsque en plus du plaisir, le plaisir escompté est, au final, obtenu. La satisfaction est ainsi la résultante d’un désir accompli. On voit bien que la satisfaction, dès lors qu’elle a été assouvie, appelle un « recommencement », bref qu’elle peut être sans fin. L’étymologie du mot (satis = assez) évoque d’ailleurs l’aspect quantitatif de cette notion. Toutefois, même si elle est de l’ordre du sensible, la satisfaction est plus « noble » car mieux valorisée que le plaisir et le besoin, respectivement sensation psychologique et pulsion physiologique. Dans le monde du travail, la satisfaction, bien que quantitative, peut être immatérielle (par exemple la reconnaissance symbolique du chef - par un merci, un bravo ou des encouragements - après chaque effort consenti par le salarié, pas une fois pour toute…) ou matérielle (par exemple une prime qui vient récompenser le salarié pour tel effort particulier, non pas pour tous les efforts consentis…). On voit bien, au travers de cet exemple qu’une satisfaction a besoin d’évoluer dans le temps, sinon elle « s’émousse » avec le comportement associé : pas de reconnaissance régulièrement exprimée (du manager) émousse l’effort consenti à venir (du collaborateur). Passons maintenant à la notion de besoin, très utilisée par les économistes, qui l’intègrent dans leur vision de l’homo oeconomicus, agent économique consommateur, au travers du concept de « demande » (expression d’un ou plusieurs besoins du consommateur) qui justifient son concept complémentaire d’ « offre » (produit ou service susceptible de réduire, par l’acte d’achat du consommateur, sa tension liée au besoin). Bien que plus noble et parfois ardemment recherchée, la satisfaction n’est pas pour l’être humain aussi nécessaire que le besoin, que l’on pourrait qualifier de plus « animal ». De fait, la satisfaction se distingue du besoin qui apparaît comme plus vital, particulièrement pour les besoins primaires. Le besoin exprime en effet l’idée de nécessité, d’exigence ; il désigne une situation pressante, une chose dont on ne peut se passer. Le besoin correspond à une sensation de manque, d'inconfort ou de privation. Il est accompagné par l'envie de faire disparaître cette sensation par un comportement adapté menant à un mieux-être. Les besoins se situent à la conjonction de l'individu (qui subit la sensation de manque) et l'environnement (qui peut soulager cette sensation). Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories :
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