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Dossier du mois : Mesurer le bonheur au travail : oxymore utopiste ou contradictions réconciliables ?
                                                                   
Partie 2 : Le bonheur au travail existe-t-il ?
L’être humain étant ce qu’il est, il ne court pas spontanément vers plus de douleur, plus de malheur, moins de connaissance (à moins d’être gravement malade ou sérieusement perturbé). Inévitablement, on ne peut pas ne pas se poser la question : le travail peut-il contribuer au bonheur alors qu’il semble contribuer de plus en plus au malheur de certains de nos contemporains ? Cette question, abyssale, n’appelle pas une réponse simple ou univoque, encore moins injustifiée. Elle pose d’abord la question, incontournable, du bonheur ; ensuite elle pose celle du travail, si l’on veut enfin envisager la question du bonheur au travail.

Concernant la question du bonheur : Les philosophes placent le bonheur au centre de leurs réflexions. D’aucuns disent que l’homme est à la poursuite du bonheur, ou tout du moins d’une « vie bonne », pour reprendre le terme qu’emploie le philosophe Luc Ferry. Mais qu’est-ce que le bonheur ou plus précisément qu’est ce qu’un bonheur « mesurable » ? Est-ce un bonheur purement quantitatif et matériel qui se réduit au seul plaisir ou à l’assouvissement des besoins ? Faire abstraction d’un bonheur plus qualitatif, plus immatériel, plus existentiel (et sans doute plus difficile à mesurer), serait pour le moins réducteur. Ce serait mutiler la réalité du bonheur, ce serait mesurer autre chose.
Concernant la question du travail : Le travail peut-il contribuer au bonheur ? Est-ce sa vocation ? Sa vocation n’est-elle pas plutôt de permettre de répondre à certains besoins, plus ou moins primordiaux, en échange du salaire qu’il apporte ? Le rôle du travail n’est-il pas plutôt de contribuer à générer du bien-être par les bienfaits qu’il apporte (lutte contre l’ennui, salaire, lien social) ?
Concernant la question du bonheur au travail : est-il possible d’envisager le bonheur au travail dans le cadre d’un rapport de subordination ? Peut-on estimer que le bonheur puisse se mettre en scène dans un rapport taylorien de « prescripteurs » à « exécutants » (sous la forme d’une injonction paradoxale du type « soyez heureux ! ») ? Dans ce contexte, le travail peut-il contribuer à une forme de réalisation existentielle plus immatérielle ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre simplement. Commençons par préciser ce que l’on entend par ces termes pour y voir plus clair, puis nous aborderons quelques unes des réponses apportées à certaines des questions ci-dessus.
Bonheur, bien-être, satisfaction au travail : quelle différence ? Souvent dans le langage courant, les termes « satisfaction au travail », « bien-être au travail » voire « bonheur au travail » coexistent indifféremment. Dans certains discours d’entreprise ou exposés en lien avec la vie au travail, la satisfaction, le bien-être et le bonheur semblent ne faire qu’un, sans que l’on se demande si on parle bien de la même chose ou de choses différentes. C'est comme si on parlait de « fleur », « faune » et « nature » en sous-entendant que ce sont les mêmes réalités. Ce raccourci est d’ailleurs à la fois correct et incorrect : correct, car la partie « fleur » appartient bien au tout « nature » et au sous-ensemble « faune », mais incorrect, car toute la nature n’est pas contenue dans une simple fleur.

Affirmer que la satisfaction ou le bien-être sont une constituante du bonheur est sans doute correct. Bien que l’un est l’autre en soient une condition nécessaire, ils n’en sont pour autant pas des conditions suffisantes : on peut être heureux de voir grandir ses enfants sans être satisfaits par le bulletin scolaire qu’ils ont ramenés et vice versa, on peut être satisfait à juste titre par le bulletin qu’ils ont ramené mais leur réussite scolaire ne peut suffire à elle seule à garantir notre bonheur. Réduire le bonheur à la satisfaction ou au bien-être serait gommer tout ce qui a été pensé et écrit sur le bonheur tant par les scientifiques que par les philosophes ou les poètes. Transposons cet exemple au monde professionnel : on peut être satisfait par les conditions de travail que propose son employeur mais ne pas se réaliser dans son travail ou au contraire, se réaliser professionnellement alors que les conditions de travail sont difficiles et peu satisfaisantes. C’est exactement ce à quoi aboutissent les résultats de notre Observatoire national de la vie au travail (www.ovat.fr): 8 français sur 10 se disent impliqués par LE travail, la « valeur travail » est à 61% positive dans leur esprit et par le même temps, 1 sur 2 se disent insatisfaits par les conditions de travail telles que mises en œuvre par leur employeur... Paradoxal, non ? Pas tant que cela, car le bonheur au travail ne se laisse pas réduire à une seule dimension, comme nous allons le voir ci-après. Commençons par voir comment le bonheur au travail peut se définir, si tant est que cela soit possible.



                                                                                             



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