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Mesurer le bonheur au travail : oxymore utopiste ou contradictions réconciliables ?
OCTOBRE 2009

Partie 1 : Mesurer le bonheur, urgence nationale
Combien de dirigeants – un tant soi peu humanistes – n’ont-ils pas cherché à rendre leurs salariés heureux au travail, en postulant que cela pouvait accroître la rentabilité de leur entreprise ? Pour ce faire, ceux-ci ont mis en place politiques et programmes ad hoc. D’autres, plus rares, ont tenté d’en mesurer le retour sur investissement en reliant, pour faire court, coûts des politiques et programmes aux ratios de rentabilité. Mais il est difficile d’établir un lien certain entre d’une part ces politiques et programmes et d’autre part ces ratios de rentabilité, tant les facteurs et variables qui contribuent à la création de valeur de l’entreprise sont nombreux, complexes et imbriqués. Pourtant, on sent bien intuitivement que « des salariés heureux font des clients satisfaits et des actionnaires sereins ». C’est ce qui fait sans doute que le sujet est devenu d’importance nationale en ces temps de crise puisque le Président Sarkozy s’en est emparé lui-même, pour décider de faire du bonheur des français un indicateur national. De là à se poser la question de la mesure du bonheur des salariés au travail, il n’y a qu’un pas, que nous nous proposons de franchir avec ce dossier.

Et pourtant. Si pour certains, le « bonheur au travail » est un oxymore utopiste voire dangereux, pour d’autres, ce serait plutôt la « mesure du bonheur » qui présente des contradictions contre-nature. De fait, pour les uns et les autres, le titre de ce dossier pourrait apparaître comme quelque peu provocateur. Pour les premiers, parler du bonheur au travail alors qu’en ce moment les suicides sur le lieu de travail défraient la chronique, n’est-ce pas un peu déplacé ? Et pour les autres, mesurer le bonheur, n’est-ce pas de l’ordre du mélange des genres, autrement dit n’est-ce pas prendre des carottes pour des choux ? Le bonheur, concept du domaine de la philosophie, est aux antipodes des paradigmes des sciences mathématiques ou des techniques statistiques ; n’est-ce pas donc parfaitement illusoire voire trompeur de vouloir mettre le bonheur en équation ?

Et pourtant, oui, pourtant. De brillants économistes, réunis sous la houlette du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et sur demande expresse du Président Sarkozy, tentent de relever ce défi. La commission Stiglitz, par sa prise en compte d’éléments immatériels dans les statistiques nationales, ouvre un débat inédit dans notre société capitaliste, d’autant plus parce qu’il est porté par cinq Prix Nobel d’économie : rendre compte du bonheur des français en le quantifiant. Ainsi, dans la droite ligne des travaux de la commission Stiglitz (mais pas dans la même perspective épistémologique), ce dossier se propose de développer deux points complémentaires en tentant de répondre à deux questions : le bonheur au travail existe-t-il ? Peut-on mettre le bonheur au travail en équation ?

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