| Dossier du mois : L’homo sociologicus au chevet de l’homo oeconomicus : quand la création de valeur économique dépend du partage des valeurs sociales |
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| Partie
3 : Les conséquences des nouvelles réalités internationales sur le champ social français |
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Les nouvelles réalités engendrées par la crise – remise en cause de l’hégémonie technologique occidentale, effondrement de l’unilatéralisme américain et essoufflement de la croissance économique, du moins en Europe – auront des conséquences considérables dans le champ des relations sociales : Il n’y a aucune raison, en effet, pour que le travailleur européen, à compétence égale, soit durablement mieux payé que le travailleur chinois ; l’on assistera donc à un rééquilibrage ; le travailleur chinois sera sans doute progressivement mieux payé ; mais le travailleur européen encourt le risque de voir son salaire tiré vers le bas, à moins qu’il ne montre plus compétent que son homologue chinois ; si son salaire se maintient à un niveau trop élevé par rapport à sa compétence, les emplois iront ailleurs dans le monde et il s’ensuivra un taux de chômage élevé ; c’est d’ailleurs ce qui se produit sous nos yeux : la délocalisation de nos emplois industriels n’est-elle pas une façon de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ? Ce que vit l’économie britannique à l’heure actuelle est, de ce point de vue, à méditer... Par ailleurs, le progrès social ne saurait continuer à s’identifier à une progression régulière du pouvoir d’achat permettant l’accumulation de biens de consommation toujours plus sophistiqués ; la recherche du progrès social devra ainsi se réorienter vers d’autres objectifs ; la recherche de la « qualité de la vie » dans ses aspects immatériels mobilisera davantage les énergies, ainsi que la défense de valeurs jugées fondatrices : respect de l’environnement, respect des droits de la personne dans sa diversité, respect de normes de justice. Les institutions sur lesquelles reposent aujourd’hui les relations sociales liées au travail, enfin, se trouveront bouleversées, qu’il s’agisse de leurs objectifs affichés, de leur organisation interne ou de leurs modalités d’action ; leurs dirigeants s’efforceront de les maintenir en l’état en s’appuyant sur la force du droit, et plus encore, sur celle de l’habitude. On aura compris que le monde syndical se trouve plus particulièrement menacé et qu’il risque de se trouver en situation de concurrence avec d’autres formes de mobilisation et d’expression. Il lui faudra se renouveler de fond en comble et c’est bien en ce sens qu’il convient d’interpréter la loi du 20 août sur la réforme des fondements de la représentativité syndicale. Une nouvelle division du travail s’imposera peu à peu à l’échelle mondiale, chaque région, chaque pays, s’efforçant de réussir dans les activités vers lesquelles le poussent ses ressources naturelles ou les talents de sa population, tels qu’ils résultent de son histoire et de sa culture. Bien entendu, ce mouvement n’ira pas sans résistances, des rentes de situation injustifiées chercheront à se maintenir derrière des barrières protectrices ; il en résultera des conflits violents d’une région à l’autre du globe et une intense activité diplomatique, compte tenu des conséquences qui en résulteront pour les populations ou les métiers concernés. Ce bouleversement de l’ordre économique et social institué au lendemain de la deuxième guerre mondiale débouchera probablement sur des changements insoupçonnés, qui toucheront nos certitudes, nos croyances, les intérêts en présence et la hiérarchie des pouvoirs. Certains y gagneront, d’autres y perdront ; certains vivront cette évolution comme une catastrophe, d’autres comme une chance de se faire entendre. Ces changements alimenteront par ailleurs une intense activité intellectuelle ; il s’agira en effet d’interpréter les réalités nouvelles et de revisiter les croyances et l’expérience historique sur lesquelles se fondent les sociétés amenées à la fois à perdurer et à se côtoyer. Dans cette perspective, les principes fondateurs de la civilisation occidentale devront apprendre à coexister avec ceux qui animent d’autres civilisations ou d’autres foyers de peuplement décidés à maintenir l’identité qui leur est propre. S’agissant plus particulièrement de la France, la question se pose de savoir si ces changements seront imposés d’une façon autoritaire, comme ceci s’et produit à certaines périodes de son histoire, ou si le pluralisme des points de vue trouvera à s’exprimer. L’organisation interne des entreprises est directement concernée par cette question centrale de l’avenir de la démocratie : il y a en effet contradiction entre les procédures imposées au nom de finalités extérieures et le respect des points de vue et des intérêts des parties en présence ; c’est tout l’enjeu des nouvelles dispositions sur la « démocratie sociale ». |
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