| Dossier
du mois : Cerner les valeurs sociales pour optimiser la création de valeur économique |
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| Partie
4 : La représentation sociale du travail, tutrice de l’action collective |
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La représentation sociale, comme forme de savoir pratique reliant un objet à des sujets, permet de comprendre la représentation de quelque chose (par exemple l’objet travail) et d’un groupe social (les sujets travaillant ensemble dans la même organisation). La représentation sociale du travail, en tant que rapport de symbolisation avec son objet, tient lieu d’interprétation, tout en lui conférant un univers de significations spécifiques au groupe social pour lequel elle fait sens. En tant que savoir pratique, la représentation sociale du travail permet l’ajustement pratique du travailleur à son environnement, l’organisation. Elle fonde l’épistémologie du savoir commun relatif au monde du travail, en tant que connaissance du sens commun. L’esprit humain recourt le plus souvent à un système de fonctionnement psychologique basé sur le mode intuitif et empirique qui lui permet de constituer la connaissance vulgaire. La représentation sociale du travail constitue ainsi un véritable « prêt-à-penser » au moindre coût cognitif – ce qui évite d’avoir à définir l’objet dont on parle, différencié selon les groupes sociaux. Ainsi, le travail peut être pensé comme facteur de réalisation de soi pour certains travailleurs et comme un mal nécessaire pour d’autres sans qu’ils soient toujours en mesure de développer rationnellement cette croyance, ce qui conditionne différemment les comportements des uns et des autres. L’une des propriétés de la représentation sociale consiste pour le sujet à faire privilégier la congruence psychosociologique – s’inscrire avec harmonie dans la pensée du moment de son groupe social d’appartenance – par rapport à la cohérence logique. Cette propriété fait passer l’efficience affective et cognitive avant l’efficacité théorique et scientifique. C’est ce qui conduit parfois les individus à privilégier des croyances fausses ou irrationnelles plutôt que des vérités avérées et rationnelles. L’univers des croyances humaines est immergé dans l’irrationnel ; le besoin de croire est si fort que l’homme ne se préoccupe guère de justification scientifique ni de démonstration rationnelle susceptible de rendre compte des contenus desdites croyances. Certains vont jusqu’à mettre en œuvre des stratégies psychologiques pour réguler la croyance et lui permettre de conserver sa cohérence, en dépit des évidences. Par exemple, céder à la démonstration mathématique et astrologique de l’héliocentrisme à un moment où toute la croyance repose sur la représentation d’une terre plate et géocentrique oblige à un tel remaniement de représentation que l’on préfère renoncer aux évidences scientifiques, au nom de la préservation de son confort intellectuel. La représentation n’est pas l’image d’un objet vrai, mais la « vraie » image d’un objet ; elle est la reconstruction d’un objet qui entretient avec la réalité de cet objet un décalage inévitable selon une double logique : sélection et déformation de la réalité. On comprend mieux comment un écart entre le prescrit du travail et son vécu peut s’installer tant dans l’esprit des concepteurs que dans celui des « exécutants ». C’est ce qui permet également de mieux comprendre pourquoi la valeur travail peut être forte dans l’esprit des travailleurs français concomitamment à un engagement faible ou à un climat social dégradé au sein de telle ou telle organisation Les comportements des sujets et des groupes vis-à-vis du travail ne sont pas déterminés par les caractéristiques objectives de la situation de travail, mais par la représentation de cette situation. Les représentations sociales sont une grille de lecture et de codage de la réalité permettant la compréhension, voire l’anticipation, des actes et des conduites (de soi ou d’autrui) par l’interprétation de la situation dans un sens préétabli, grâce au système de catégorisation cohérent et stable inhérent aux représentations sociales. L’étude consacrée à la valeur travail des salariés français en est un exemple particulièrement flagrant. Pour lire cette étude, cliquez ici. Pierre-Eric SUTTER |
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