Les résultats 2014 de l'OVAT
Cerner les valeurs sociales pour optimiser la création de valeur économique
JUIN 2009

Partie 3 : De la représentation sociale et de sa caractérisation en valeur [1]
La représentation sociale se définit comme une « "façon de voir" localement partagée au sein d'une culture et reliant un sujet à un objet »[2]. Par exemple, la représentation sociale de leur travail par les salariés correspond à l'image qu'ils en ont, à la manière dont ils perçoivent leur travail, le vivent ou le jugent. Autrement dit, la représentation sociale est la manière dont l'individu reconstruit mentalement le réel et lui attribue un sens[3]. Cette représentation comporte des éléments aussi bien cognitifs et affectifs (définition d'un contenu même approximative et évaluation sociopsychique) que conatifs (intentions d'action).

L'analyse de la représentation sociale du travail permet d'accéder à la façon dont les salariés pensent la « valeur travail ». Au niveau d'une organisation, l'analyse de la représentation du travail trouve sa pertinence dans sa capacité à révéler quels sont, d'une part, les salariés qui ont une image négative du travail et, d'autre part, ceux qui en ont une image positive. L'intérêt d'une telle mise en perspective permet de voir ensuite comment cette image conditionne ou non leur engagement.

Toutefois, l'image n'est pas la pensée et encore moins le comportement. Comment mettre en articulation la représentation sociale avec les valeurs et l'opinion telles que nous les avons évoqués plus haut ? Michel-Louis Rouquette[4] a proposé un modèle de l'architecture de la pensée sociale qui permet d'articuler différents concepts sociologiques de manière à les rendre plus facilement opérationnels. Selon ce modèle, les éléments relatifs à la pensée quotidienne des individus sont classés en fonction de deux critères :

  • leur stabilité (instable versus stable) ;
  • leur niveau de généralité (particulier versus général).

Les éléments de pensée les plus stables et les plus généraux sont les idéologies. Elles englobent d’autres concepts plus instables. La hiérarchie est la suivante :

Tableau 1
L'architecture de la pensée sociale

stable

Degré de stabilité

instable
Idéologie
général

Niveau de généralité

particulier
Représentation sociale
Attitudes
Opinions

Ce modèle de l’architecture de la pensée sociale peut s’appliquer aux concepts tels que ceux de la représentation sociale, à des opinions et plus largement aux facteurs psychosociaux étudiés dans le contexte du travail. Ainsi :
  • à l’idéologie[5] peut correspondre la valeur du travail dans une société donnée ;
  • aux phénomènes représentationnels correspondent la représentation sociale du travail et l’implication ;
  • aux attitudes[6]appartient l’engagement organisationnel ;
  • aux opinions renvoient des éléments tels que la satisfaction, le plaisir au travail ou le climat social.

Tableau 2
Architecture de M.L. Rouquette                        Application au monde du travail

Idéologies
Valeur travail
   Représentations sociales   
Représentation sociale du travail
Attitude
Engagement, implication
Opinions
Satisfaction, climat social

Au-delà des représentations sociales se situe le domaine de l’idéologie qui comprend la valeur travail, dans une société donnée. On peut opposer par exemple la conception de valeur travail de l’idéologie marxiste à celle du libéralisme. Comme le prône l’école de Chicago (fondatrice du libéralisme radical) : « Business is business. » Autrement dit, les affaires sont les affaires, ce qui sous-entend qu’il n’y a pas lieu de se préoccuper d’autre chose, par exemple du facteur humain. La représentation sociale peut, dans une certaine mesure, donner accès à la valeur travail de plusieurs groupes d’individus et donc révéler les croyances de leur groupe d’appartenance.



[1]Tout le propos qui suit est tiré de l'article « La relation homme/travail revisitée : liens entre implication personnelle, représentation sociale du travail et climat social de l'entreprise », Stéphanie Baggio - Pierre-Eric Sutter, soumis


[2]Patrick Rateau. L'approche structurale des représentations sociales : nouvelles perspectives intégratives. Habilitation à Diriger les Recherches, Université de Montpellier 3, 17 décembre 2004.


[3]Jean-Claude Abric. Coopération, compétition et représentations sociales. Cousset : DelVal, 1987.


[4]Michel-Louis Rouquette, La pensée sociale. In Moscovici, S. (Eds) Introduction à la psychologie sociale, Tome 2, Paris : Larousse, 299-327, 1973.


[5]On parle d'idéologie dans les systèmes sociaux, dès lors qu'on observe que les acteurs sociaux tiennent pour vraies des croyances qu'ils s'obstinent à « démontrer » par le biais de propositions ou justifications normatives - par essence indémontrables - et positives qui peuvent être soit non démontrables, soit non démontrées, soit fausses. Ces croyances, qui varient naturellement d'un système social à I'autre, et d'un groupe d'agents sociaux à l'autre à l'intérieur d'un même système social, sont un phénomène qu'on observe dans toute société, On les appelle souvent valeurs lorsqu'elles sont de caractère normatif.


[6]L'attitude est une disposition interne durable qui sous-tend les postures, favorables ou défavorables, qu'un individu peut avoir vis-à-vis d'un objet social. « Attitude » est à différencier de l' « action » : un sujet peut avoir une attitude différente de son action et vice-versa. Par exemple, un sujet peut manifester une attitude vis-à-vis d'une d'action (le droit de grève) sans passer à l'action (faire la grève).



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