Adopter la « PME attitude » pour doper la performance sociale des entreprises
JUILLET 2009

Partie 1 : De la nécessité de penser comme les PME ?
« Il faut que tout le monde - élus, grandes entreprises, gouvernement, responsables d'administration…- pense aux PME et pense comme les PME. » On ne peut pas mieux résumer l’appel à la « PME attitude » lancé par Laurence Parisot, présidente du Medef, le 16 juin 2009, lors de sa conférence de presse mensuelle. On peut s’étonner qu’un tel appel émane de la représentante en chef du syndicat qui défend en priorité les intérêts des entreprises du CAC 40 plutôt que ceux des PME. Certes, cet appel a été lancé durant la manifestation « Planète PME » qu’organise annuellement sa petite sœur la CGPME, syndicat des PME, ceci pourrait expliquer cela. Mais Laurence Parisot va plus loin dans son exhortation : « Il n'y a qu'ici qu'on peut faire le lien entre petites, moyennes et grandes entreprises. Nous [Medef] sommes viscéralement PME », soutient-elle. Comment comprendre cette posture du Medef de type « méthode Coué » ? Pourquoi se persuader de l’impensable, que les grandes entreprises du CAC 40 puissent se faire passer pour des PME ? En quoi les PME apparaissent-elles aussi séduisantes pour que les grands groupes aient envie d’en être, « viscéralement » ?

D’aucuns diraient qu’il traduit une volonté de faire jouer les solidarités entre patrons afin d’étendre aux PME les soutiens et avantages (fiscaux, administratifs…), dont bénéficient en priorité les plus grandes entreprises, parce que ces dernières sont plus visibles, vues de Bercy : éternel problème français, conséquence d’une centralisation excessive. La teneur du discours de Laurence Parisot semble aller dans ce sens : elle propose toute « une série de mesures qu'il [Medef] souhaite voir débattre au Parlement ». On ne peut que louer ce souhait de vouloir aider les PME, premiers employeurs français, plus exposées et donc plus fragiles en ces temps de crise.

D’autres, plus acerbes, pourraient y voir une nécessité de redorer l’image écornée des plus grands patrons en s’appuyant sur celle de plus petits. L’image des premiers est au plus bas dans l’opinion depuis que l’on a appris que de « mauvais patrons » parvenaient à s’enrichir plus que de raison malgré leur sous-performance. Dans notre culture où parler d’argent est un sujet plus que sensible, l’image des seconds est forcément beaucoup mieux perçue du fait qu’ils sont beaucoup plus proches de leurs collaborateurs en termes de rémunération. Il est vrai que les patrons de PME ne recourent pas (mais le peuvent-ils ?) aux parachutes dorés comme les patrons du CAC 40 : le salaire moyen mensuel d’un patron de PME se situe à 4.273 euros contre plus de 500.000 euros pour son homologue du CAC 40 (selon une étude de l’Insee commanditée par la CGPME…). C’est la preuve par les chiffres. Les chiffres ne mentent pas, et pour cause : dans les PME l’écart entre le patron vaut 4 fois le salaire du collaborateur payé au SMIC tandis que dans une entreprise du CAC 40, c’est 500 fois cette somme… Voilà pourquoi les salariés des PME, même au plus bas de l’échelle, estiment que leur patron est proche d’eux, du fait qu’il a des difficultés, comme eux, à boucler les fins de mois...

Au-delà des effets de manche et des stratégies politiciennes, il nous semble que le débat relatif à la « PME attitude » est ailleurs : il se situe sur le terrain des relations humaines, si l’on en croit le témoignage des salariés français qui travaillent dans les PME. La proximité des patrons de PME avec leurs collaborateurs ne serait pas seulement perceptible sur le seul thème de leur rémunération mais également sur d’autres, beaucoup plus immatériels, comme l’a révélée l’enquête 2009 d’OVAT (Observatoire de la vie au travail) en France : cette proximité favoriserait une meilleure ambiance de travail et un bien-être accru, donc un vécu au travail beaucoup plus positif. Et ce ne sont pas les « survivants », salariés rescapés des « dowsizing » et autres plans sociaux de grandes entreprises, qui diront le contraire...

« Small is beautiful » : cet adage résume parfaitement les ressorts qui sous-tendent la performance sociale des entreprises françaises les plus favorables. Car c’est dans les TPE de moins de 10 salariés qu’il fait le mieux vivre, ou plutôt, le mieux « travailler-ensemble », et c’est dans les TPE que la performance semble la plus forte. On ne peut toutefois pas mettre toutes les PME dans le même sac : comme le montrent les résultats ci-après, c’est bien dans les TPE qu’il fait le mieux travailler-ensemble : au-delà de 10 salariés, les résultats sont plus mitigés et au delà de 50, ils se dégradent fortement. Voyons quels sont donc les ressorts de la performance sociale des TPE en France.

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