Nous nous permettons de citer presque mot pour mot la synthèse des recommandations du rapport KOSCIUSKO-MORIZET tant elles nous paraissent pertinentes (quoique pour certaines difficiles à mettre en œuvre). La pensée précédant l’action, elles sont autant de prétexte à méditation pour que dans un avenir proche se mettent en œuvre nombre de démarches de prévention de la santé mentale au travail.
« Les données du problème incitent à faire rapidement évoluer des approches de la santé mentale encore trop réactives, fragmentées ou sectorielles, strictement sanitaires ou médico-sociales. La France est dotée d’un plan « santé mentale », mais il recouvre des réalités essentiellement associées à la psychiatrie et à la maladie mentale. L’inscription de la gestion des risques psychosociaux à l’agenda marque une inflexion majeure dans l’émergence d’une nouvelle problématique « santé mentale et société ».
En outre, la santé mentale et la satisfaction dépendent de facteurs environnementaux (famille, éducation, emploi, logement, etc.) et de comportements individuels (tabagisme, recours au système de soins, etc.), de telle sorte qu’une amélioration significative ne peut-être obtenue que par une action continue. Pour une garantie d’effectivité, la sensibilisation et la responsabilisation de l’ensemble des acteurs vis-à-vis de la santé mentale constituent la voie la plus souhaitable. Il s’agit de ne pas s’appuyer sur le seul système de santé ou les personnels soignants mais d’amener chacun, pouvoirs publics, employeurs, managers, enseignants, associations, particuliers, etc. à faire progresser, même modérément, sa prise en considération des enjeux de santé mentale.
- A l’école : Investir tôt dans les personnes pour un bon départ dans la vie est une perspective aujourd’hui partagée. En économie, le courant du capital humain et de la formation des compétences étudie les bénéfices de long terme d’un investissement dans les personnes dans l’âge préscolaire et scolaire avec un intérêt nouveau pour les compétences émotionnelles, sociales et cognitives, censées favoriser la cohésion et l’intégration, le développement des dispositions à l’apprentissage, de l’identité et de la confiance en soi, comme la préparation à la vie en collectivité. L’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte appellent également une attention. Les jeunes de 15 à 19 ans, se présentent comme un « groupe anxieux ». Des moyens d’y remédier, du moins partiellement, peuvent être envisagés : rendre les jeunes plus responsables d’eux-mêmes tout au long de leur vie, en renforçant l’influence de la formation continue sur leur destin personnel (encourager la réorientation, les années de césure et les formations professionnalisantes) et en leur donnant les moyens de leur autonomie (mesures en faveur de l’indépendance financière comme le prêt à remboursement contingent).
- Au travail : Derrière le concept de risques psychosociaux, se cache un besoin de données épidémiologiques, pour reconnaître son existence et son ampleur, mais également pour développer une démarche de prévention de la santé mentale en milieu de travail et pour inciter chaque acteur concerné à assumer ses responsabilités, en particulier lorsque des changements brusques, réorganisations, restructurations, affectent les entreprises, publiques ou privées, et leurs salariés. Il convient alors de promouvoir des modes d’organisation du travail plus efficients et de mettre en place pour cela des démarches de sensibilisation et de formation pour l’action des principaux groupes d’acteurs jouant un rôle-clé, dans, comme hors, de l’entreprise afin d’en faire l’affaire de tous, des grandes écoles formant les futurs managers aux dirigeants des grandes entreprises, en passant par les cabinets de conseil en organisation et en management.
- A l’épreuve du vieillissement : A la conception d’un vieillissement passif s’est récemment substituée une nouvelle vision plus proactive du vieillissement, en phase avec les réalités actuelles. Avec l’allongement de l’espérance de vie se dégage aujourd’hui un nouvel âge actif. Sachant que les conditions et l’environnement de travail favorisent le maintien dans l’emploi des seniors, en plus des seules incitations financières, il serait nécessaire de poursuive plus avant les négociations en faveur d'un cadre définitionnel de la pénibilité au travail et d'indicateur associés. Au-delà d’un maintien nécessaire vers l’emploi des seniors et les conditions qu’il sous-tend, ce phénomène implique également la nécessité de promouvoir les moyens d’une vie saine, bien remplie et socialement épanouie dans la longévité. Dans cette perspective, soutenir la mise en oeuvre d’une consultation médicale de longévité de manière systématique au moment de la retraite apparaît essentiel, en tant qu’outil privilégié de la prévention primaire et condition essentielle d’un vieillissement actif, épanoui dans son environnement et en bonne santé (...). »
Pierre-Eric SUTTER sur la base d’une analyse du rapport KOSCIUSKO-MORIZET
|