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Dossier du mois : Santé mentale au travail, l’affaire de tous
                                                                   
Partie 3 : Santé mentale en France : quel est l’état des lieux ?
Dans la droite ligne de ce que le rapport NASSE-LEGERON avait déjà révélé en matière de risque psychosociaux, le rapport KOSCIUSKO-MORIZET pointe l’absence d’indicateurs nationaux de synthèse. Il est vrai que la couverture du champ de la santé mentale est très large. Il y aurait un risque de ne se contenter que d’un seul indicateur national et pire, de préjuger de l’évolution de la santé mentale de la population française, de son mal-être ou au contraire de son bien-être. D’autant plus que comme nous l’avons vu, les résultats déjà disponibles peuvent donner l’impression de paradoxe : ce serait prendre des choux pour des carottes ou dit autrement, des stresseurs (organisationnels) pour de la stressabilité (individuelle). Il faut donc privilégier une approche plurielle, et laisser chaque famille d’indicateur révéler ce qu’elle est censé révéler :
  • Famille d’indicateurs de maladie mentale recouvrant la quantification des pathologies mentales,
  • Famille d’indicateurs de mal-être s’attachant aux tensions mentales,
  • Famille d’indicateurs de bien-être portant sur la satisfaction tirée de son existence au niveau émotionnel ou cognitif.
En France, les statistiques disponibles montrent que les expressions de détresse psychologique, dont la dépressivité, ont beaucoup augmenté ces vingt ou trente dernières années. Le niveau de satisfaction et d’optimisme déclaré est assez médiocre. Mais cela n’empêche pas une majorité de Français de se dire assez habituellement « heureux » au quotidien et en capacité de prendre en main leur destin. On retrouve là le paradoxe apparent du vécu au travail. Les émotions ressenties et le sentiment de maîtrise relative sur sa destinée se distinguent donc des jugements sur l’existence ou sur l’avenir.

Considérons d’autres statistiques qui balayent certaines de nos certitudes les plus tenaces
  • Après une nette progression entre 1976 et 1986, le suicide recule (moins de 2 % des décès),
  • ...la dépression est stable autour de 3 % (dans sa forme la plus sévère)...
  • ...mais la détresse psychologique a considérablement augmenté (elle a été multipliée par trois en vingt ans et touche un Français sur cinq).
  • Les populations frappées ont en outre évolué. Les jeunes, les actifs et les femmes sont plus exposés qu’auparavant, ce qui donne davantage de visibilité à cette souffrance.
Ainsi, « nous ne sommes pas tous égaux en santé mentale : les situations sociales se bouclent sur des expressions de mal être ou de bien-être mental pour former des sentiers « psychosociaux ». La persistance de certains publics dans des sentiers psychosociaux divergents se concrétise par des disparités de santé et de bien-être. Cela est manifeste dans la comparaison entre les hommes et les femmes, qui présentent des profils différents de vulnérabilité mais également pour les groupes qui présentent des cumuls de handicaps sociaux (chômeurs, immigrés, sans-abris, détenus), dont la pauvreté ou la rupture des liens familiaux. Les femmes et les hommes présentent des profils de santé mentale différents : les femmes développent des symptômes ou des pathologies (détresse psychologique, stress, idéations suicidaires et tentatives de suicide) ; les hommes des comportements (addictions, violence et suicides) ». Autant d’indications à prendre en compte dans toutes les politiques de GRH : recrutement, mobilité, gestion des diversités et des seniors...

Last but not least : « si l’exploration statistique de la souffrance au travail est encore très imparfaite, la littérature souligne les effets du stress sur les maladies cardiovasculaires, les problèmes de santé mentale et les troubles musculo-squelettiques. Les études ont montré un accroissement du risque de ces pathologies pouvant atteindre 50 % à 100 % en cas d’exposition aux facteurs psychosociaux au travail ». Comme quoi, il est urgent de prévenir les phénomènes pathogènes des risques psychosociaux. Et tout le monde aura à y gagner : meilleure performance individuelle et collective donc meilleure productivité et meilleure rentabilité, moins d’externalités négatives qui pèsent sur la collectivité en termes de coûts et qui agrandissent le trou de la sécu dont tout le monde se plaint de devoir participer à le reboucher… Grâce à la prévention de la santé mentale au travail, voilà un serpent de mer qui arrêtera de se mordre la queue.






                                                                                             

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