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Dossier du mois : Santé mentale au travail, l’affaire de tous
                                                                   
Partie 1 : De la nécessité de changer notre représentation de la « santé mentale »
Le 17 novembre 2009 dernier, le rapport « La santé mentale, l’affaire de tous » a été remis à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, secrétaire d’État en charge de la Prospective et du Développement de l’Économie numérique. On ne peut manquer de s’étonner que ce rapport n’ait pas été remis à Roselyne BACHELOT-NARQUIN, actuelle ministre de la santé et des sports. C’eut été prétendre qu’en France la santé mentale est en marche, alors qu’il n’en est rien, ou si peu, particulièrement dans le monde des entreprises. En matière de prévention de la santé mentale la France n’en est encore qu’au stade de la prospective, contrairement à d’autres pays européens. Il ne faudrait pas en rougir car nombre d’ingrédients sont là pour que la sauce de la prévention de la santé mentale prenne dans notre beau pays : réglementations diverses et variées, intervenants publics et privés, et malheureusement, des cas avérés de souffrance, si l’on en juge ces salariés qui vont jusqu’à perdre leur vie au désespoir de la gagner. Ne manque plus que l’impulsion de départ : la volonté de s’y mettre.

Que font les entreprises françaises pour répondre à leur obligation de prévention en matière de santé mentale ? Presque rien. Les entreprises du CAC 40 ayant signé des accords dans le domaine se comptent sur les doigts d’une main ; jusqu’à présent, il n’y a guère que Peugeot-Citroën PSA qui a signé un accord sur la prévention du stress. France Télécom, sous la pression des événements qui l’ont secoué, est en route, quoique à l’insu de son plein gré et sous l’aiguillon des feux médiatiques. Ici et là quelques entreprises commencent à mobiliser leur médecin du travail pour effectuer des diagnostics lors des visites médicales annuelles. Mais cela reste du saupoudrage, rien encore qui ne ressemble à une véritable lame de fond nationale (pour ceux qui douteraient de ces propos, qu’ils aillent faire un tour sur le questionnaire en ligne proposé par l’ANACT (http://www.mieuxvivreautravail.anact.fr/articles/5) pour évaluer la manière dont la prévention du stress et des risques psychosociaux est effectuée dans leur entreprise : ça vaut le détour et ça rend humble…). Une fois n’est pas coutume. Notre pays de gaulois râleurs ne réagit qu’une fois acculé : il faut qu’il y ait eu plusieurs morts à un carrefour et après moult verbalisation des pandores pour qu’on se décide à y poser un feu multicolore. Combien de suicides sur le lieu de travail faudra-t-il attendre pour que les entreprises se mettent à se préoccuper de prévention de la santé mentale ? Faudra-t-il que notre super pandore national (l’actuel ministre du travail Xavier DARCOS) aille jusqu’à verbaliser les entreprises avec sa blacklist des contrevenants à leur obligation de prévention, comme il l’a promis si rien n’est fait d’ici le 1° février 2010 ? D’ici là plutôt que de se morfondre, il est urgent de s’imprégner de l’excellent rapport KOSCIUSKO-MORIZETsur lequel s’appuie le présent dossier. Nous osons espérer que ce rapport sera le point de départ d’une prise de conscience nécessaire pour que se mette en œuvre au sein des organisations des politiques, des diagnostics et des actions de traitement en matière de santé mentale au travail.

Commençons par le commencement : notre représentation de la « santé mentale ». Qu’est donc devenue la santé mentale en ce début de 21° siècle ? Le rapport KOSCIUSKO-MORIZET bouleverse les préjugés et stéréotypes à ce sujet. « Au même titre que la santé ne se restreint pas à l’absence de maladie physique, la santé mentale ne se limite pas à l’absence de trouble psychique ou de maladie mentale ». Dont acte : pour être en « bonne » santé mentale, il faut non seulement ne présenter aucun des troubles et symptômes des tableaux cliniques de souffrance mais aussi et surtout, ressentir du bien-être, comme le suggère la classification de l’OMS et de l’Union européenne
  • les troubles mentaux : il s’agit des troubles psychotiques ou les troubles dépressifs caractérisés d’ordre psychiatrique.
  • la détresse psychologique ou « mal-être » qui traduit un état de souffrance psychique qui n’est pas forcément révélateur d’une pathologie ou d’un trouble mental. Elle correspond à la présence de symptômes anxieux et dépressifs peu intenses (qu’on appelle également « dépressivité »), liés à des situations éprouvantes (par exemple des conditions de travail dégradées) et à des difficultés existentielles
  • la santé mentale positive ou « bien-être » : Cette dernière dimension, longtemps négligée, recouvre l’estime de soi, les capacités d’adaptation, le sentiment de maîtrise de sa vie, etc. Tout comme la santé physique, elle est la condition d’une vie réussie.
En synthèse, être en bonne santé mentale c’est n’avoir aucun trouble mental, aucun trouble de mal-être mais c’est aussi avoir une haute estime de son bien-être. « Les différentes formes du « bien-être mental » sont des dispositions plus que jamais jugées nécessaires dans le parcours de vie ». Transposées dans le monde du travail, elles renvoient à des situations perçues comme positives et à chaque fois différentes pour chacun selon son projet professionnel mais aussi les situations de travail qu’il rencontre : mobilité transversale ou hiérarchique, prise de responsabilité, gestion accessible de la complexité… C’est ce qui permet de mieux comprendre l’apparent paradoxe du salarié qui déclare « être motivé par son job et s’y réaliser (santé mentale positive ou bien-être) mais à la fois être désengagé par les conditions de travail de son entreprise (dépressivité ou mal-être) »… Ce n’est pas moins ce qu’a révélé l’édition 2009 de notre Observatoire de la vie au travail (OVAT) : 4 salariés sur 5 se disent impliqués par le travail parce qu’il est facteur de réalisation (santé mentale positive ou bien-être) et par le même temps 1 salarié sur 2 se dit insatisfait par les conditions de travail de son employeur (dépressivité ou mal-être).








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