Les
excès du reporting s’agrémentent souvent de
dénominations prétentieuses inventées par des
professeurs de gestion
ou des consultants qui bâtissent leur notoriété sur
leur créativité linguistique, sinon sur leur connaissance
des
réalités du terrain. Par exemple, dans telle entreprise
de taille internationale, toute innovation, même mineure, est
subordonnée à une procédure longue et parfaitement
bureaucratique, mais dont l’existence se justifie sous l’appellation
pompeuse de « TQMS » ; comment venir à bout de tels
excès, dont le coût n’apparaît pas directement dans
les comptes,
même s’il est très réel ? On se contentera ici de
quelques pistes d’action :
- ne pas confondre l’économie réelle avec
celle qui figure dans les rapports ; il convient, autrement dit, de ne
pas oublier que la carte ne rend qu’imparfaitement compte de la
réalité du territoire ; les comptes les mieux tenus sont
nécessairement réductionnistes et ne rendent pas compte
de la complexité du réel ; ils ne sont qu’une forme de
discours et ce discours rend compte des préoccupations de ceux
qui le tiennent au moins autant que de ce qu’il désigne ;
- communiquer sur le bien-fondé des informations
exigées ; ceci exige d’éviter de réduire
l’information dont les salariés ont besoin pour donner sens
à leur activité à une simple documentation
professionnelle ou à de simples directives transmissibles par
les NTIC ; la nécessité de justifier les reportings
exigés par le siège pourra conduire celui-ci à se
rendre compte de ce que nombre de tableaux statistiques sont
peut-être inutiles ou qu’ils répondent à des
préoccupations qui ne sont plus d’actualité ; à
quand le reporting ou les procédures bio-dégradables ?
- celles-ci sont liées à une tendance à
la centralisation et au souci de surveiller afin de récompenser
les uns et de punir les autres ; cette démarche semblable
à celle du « Panoptique » ne saurait être
considérée comme la meilleure forme de gouvernance dans
une société complexe dans la mesure où elle nie le
caractère fertile d’une diversité des approches et
interdit les formes décentralisées d’adaptation aux
réalités locales, sinon pour transgresser les injonctions
venues d’« en haut » ; l’uniformité conduit à
la routine et à la mort ; la créativité ne
sauraient se couler dans la rigidité des protocoles et des
procédures ; il convient de ne pas oublier que l’innovation aura
toujours résulté d’une transgression ; c’est donc elle
qu’il faut encourager et non pas, quelle qu’en soit par ailleurs
l’utilité, les contrôles et les audits de
conformité.
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