Dossier du mois d'Août 2008 : Une cause croissante d'exaspération : la lourdeur des reporting
                                                                   
Partie 3 : Un management qui tend à devenir bureaucratique
Le reporting est supposé apporter à l’entreprise un surcroît d’efficacité ; en réalité, ceci est loin d’être toujours le cas :
  • on observera en premier lieu que la définition centralisée d’objectifs chiffrés que chaque « business unit », voire même chacun des collaborateurs, doit ensuite décliner sur le plan local est une démarche qui s’apparente à ce qu’était naguère le gossplan soviétique ; la critique en a suffisamment été faite, notamment par les auteurs d’inspiration libérale, et les effets en ont été assez concluants pour qu’il soit inutile d’insister ; or, on en retrouve dans l’entreprise tous les effets dérivés ;

  • cette conception hyper-centralisée de l’entreprise encourage en particulier la passivité; il ne s’agit plus, aux niveaux intermédiaires, de se montrer créatif en trouvant de nouvelles opportunités ou des idées d’amélioration, mais de respecter des objectifs qui ont été définis plus haut ; l’entreprise se réduit ainsi à une masse d’exécutants isolés ; pour les collaborateurs, il s’agit moins en effet de participer à une action collective et de coopérer à cet effet avec les collègues de travail que de « réaliser ses objectifs personnels » de façon à faire l’objet d’une appréciation en conséquence ; or, les économistes savent bien que les résultats collectifs ne sauraient se réduire à une somme de résultats individuels ou partiels ;

  • le plan et le suivi de son exécution peuvent être complètement déconnectés des réalités concrètes de l’entreprise ; par exemple, on se donnera des objectifs ambitieux, souvent par simple extrapolation des résultats de l’année précédente ; puis l’on suivra scrupuleusement l’état d’avancement du plan ainsi constitué à grand renfort de tableaux statistiques, en négligeant seulement le fait que les collaborateurs, par découragement, ne travaillent guère dans certains cas qu’à 60% ou 50% de leur potentiel ; par ailleurs, tout ce qui n’est pas susceptible de faire l’objet de mesures sera systématiquement négligé ; d’où une multiplication des « coûts cachés », dont l’existence n’apparaît pas aux yeux des dirigeants, mais dont la réalité saute aux yeux de tous ceux qui sont sur le terrain, qui parlent alors de « gaspillages » ;

  • il en résulte une multiplication des « effets pervers » ; par exemple, dans tel groupe de presse, le souci de réduire le coût des fournitures de bureau a conduit à établir une liste précise de celles dont la commande est autorisée ; mais il en résulte qu’une personne affectée à des montages minutieux ne pourra se procurer les rouleaux de scotch double face qui lui seraient absolument nécessaires, sauf à en faire une demande qui sera transmise au siège social qui se trouve à l’étranger ; la vie des entreprises fourmille ainsi d’absurdités qui constituent autant de sources de retards, de complications au quotidien, et d’irritations pour les collaborateurs ; les sommes ainsi épargnées se trouvent largement compensées par les dysfonctionnements qui en résultent, mais dont le coût n’apparaît pourtant nulle part.

                                                                                             

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