Le reporting est supposé apporter à l’entreprise un surcroît d’efficacité ; en réalité, ceci est loin d’être toujours le cas :
- on observera en premier lieu que la définition centralisée d’objectifs chiffrés que chaque « business unit »,
voire même chacun des collaborateurs, doit ensuite décliner sur le plan local est une démarche qui s’apparente
à ce qu’était naguère le gossplan soviétique ; la critique en a suffisamment été faite, notamment par les
auteurs d’inspiration libérale, et les effets en ont été assez concluants pour qu’il soit inutile d’insister ;
or, on en retrouve dans l’entreprise tous les effets dérivés ;
- cette conception hyper-centralisée de l’entreprise encourage en particulier la passivité; il ne s’agit
plus, aux niveaux intermédiaires, de se montrer créatif en trouvant de nouvelles opportunités ou des idées
d’amélioration, mais de respecter des objectifs qui ont été définis plus haut ; l’entreprise se réduit ainsi à
une masse d’exécutants isolés ; pour les collaborateurs, il s’agit moins en effet de participer à une action
collective et de coopérer à cet effet avec les collègues de travail que de « réaliser ses objectifs personnels »
de façon à faire l’objet d’une appréciation en conséquence ; or, les économistes savent bien que les résultats
collectifs ne sauraient se réduire à une somme de résultats individuels ou partiels ;
- le plan et le suivi de son exécution peuvent être complètement déconnectés des réalités concrètes de
l’entreprise ; par exemple, on se donnera des objectifs ambitieux, souvent par simple extrapolation des
résultats de l’année précédente ; puis l’on suivra scrupuleusement l’état d’avancement du plan ainsi constitué
à grand renfort de tableaux statistiques, en négligeant seulement le fait que les collaborateurs, par
découragement, ne travaillent guère dans certains cas qu’à 60% ou 50% de leur potentiel ; par ailleurs, tout
ce qui n’est pas susceptible de faire l’objet de mesures sera systématiquement négligé ; d’où une
multiplication des « coûts cachés », dont l’existence n’apparaît pas aux yeux des dirigeants, mais dont la
réalité saute aux yeux de tous ceux qui sont sur le terrain, qui parlent alors de « gaspillages » ;
- il en résulte une multiplication des « effets pervers » ; par exemple, dans tel groupe de presse, le
souci de réduire le coût des fournitures de bureau a conduit à établir une liste précise de celles dont la
commande est autorisée ; mais il en résulte qu’une personne affectée à des montages minutieux ne pourra se
procurer les rouleaux de scotch double face qui lui seraient absolument nécessaires, sauf à en faire une demande
qui sera transmise au siège social qui se trouve à l’étranger ; la vie des entreprises fourmille ainsi
d’absurdités qui constituent autant de sources de retards, de complications au quotidien, et d’irritations pour
les collaborateurs ; les sommes ainsi épargnées se trouvent largement compensées par les dysfonctionnements qui
en résultent, mais dont le coût n’apparaît pourtant nulle part.
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