Dossier du mois d'Août 2008 : Une cause croissante d'exaspération : la lourdeur des reporting
                                                                   
Partie 2 : Les raisons de la dérive : le management par les procédures
Les raisons de cette inflation du reporting, à entendre les personnes consultées au sein des entreprises, sont les suivantes :
  • avec l’accroissement de la taille des entreprises et leur agrégation en des groupes de taille mondial, les centres de décisions tendent à s’éloigner ; les dirigeants ne sont plus « sur le terrain » et leurs exigences paraissent décalées par rapport aux réalités locales ; on raconte l’histoire de ce groupe anglo-saxon adressant un message worldwide exigeant de ses filiales,dont la filiale française, qu’elles adoptent le système métrique ; sans aller jusqu’à une telle absurdité, les indicateurs retenus par les dirigeants de la société de tête sont loin de sembler toujours pertinents à ceux qui doivent les documenter et qui y voient à la fois une perte de temps et un symbole de ce que « le siège ne comprend rien à ce que nous faisons » ;

  • les exigences de résultats se sont considérablement élevé dans de nombreuses entreprises ; ces résultats se mesurent par rapport à des objectifs chiffrés, annuels, trimestriels, mensuels, qui se déclinent unité par unité et service par service ; l’établissement des budgets annuels représente ainsi un grand moment du cycle annuel de la vie de l’entreprise ; ces budgets, le plus souvent, ne sont pas établis du bas vers le haut, en fonction de ce qui semble possible à chacun, mais du haut vers le bas ; la discussion de ces objectifs est souvent de pure forme ; à chacun ensuite de se débrouiller pour les atteindre ; ensuite de quoi un contrôle rigoureux apparaît comme nécessaire afin de s’assurer de ce que le budget ainsi établi sera respecté ;

  • ces excès du reporting correspondent à une tendance à la centralisation que l’on observe dans la plupart des entreprises depuis le début des années quatre-vingt dix ; il n’est plus question de « management participatif », de « projet partagé » ou de « cercles de qualité », mais de performance financière, et donc de résultats exprimés en chiffres ; cette performance et ces résultats, tels qu’ils sont exigés au sommet, doivent être obtenus coûte que coûte par tous les moyens ; ils conditionnent en effet largement l’évolution de carrière des plus hauts dirigeants et doivent bien évidemment tenir compte de exigences des marchés financiers ; de proche en proche, la carrière de chacun des managers dépend ainsi largement de la façon dont il atteint ou non ses résultats ;

  • cette évolution se fonde sur un modèle de management d’origine anglo-saxonne qui est largement fondé sur le respect des procédures ; la « démarche qualité », indépendamment de son objet, se résume fréquemment à un ensemble de prescriptions parmi lesquelles les contrôles et les reportings figurent en bonne place ; on sera passé ainsi en une vingtaine d’année d’une démarche visant à faciliter les initiatives d’amélioration (les « cercles de qualité ») telles que peuvent les concevoir les salariés « on the floor » à une démarche extrêmement centralisée excluant pratiquement toute possibilité d’initiative au niveau local ; le TQMS (« total quality management system ») justifie ainsi une attitude qu’il est permis de qualifier de bureaucratique ;

  • l’utilité des tableaux à remplir apparaît comme étant d’autant plus contestable à ceux qui doivent s’en charger,quitte pour cela à négliger clients et collaborateurs, que l’information sur la marche de l’entreprise est plus rare ; alors que la masse des e-mails ne cesse de s’enfler, l’information, comme on l’a vu plus haut, se réduit souvent à ce que chacun doit savoir afin de s’acquitter de sa tâche au quotidien ; la consultation du site Internet est supposée se substituer à l’information orale, telle qu’elle était dispensée par le chef, lequel ne manquait jamais de commenter les nouvelles et de leur donner ainsi du sens ; le développement des NTIC s’accompagne ainsi fréquemment du développement s’un sentiment d’isolement face à des injonctions incompréhensibles telles qu’elles « tombent d’en haut ».

                                                                                             

Pour réagir à ce dossier, cliquez ici en précisant : Dossier - La lourdeur des reporting - P 2