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La mutation du capitalisme passe par les TPE et les jeunes travailleurs
« Les jeunes ne sont pas plus attirés par les grandes entreprises que par les TPE/PME, au contraire : huit jeunes sur dix souhaiteraient idéalement travailler dans une TPE/PME. » C'est l'une des conclusions de l’étude sur la perception des TPE/PME chez les 16-25 ans, conduite par Adia et rendue publique vendredi 27 janvier 2012. Pour cette catégorie de jeunes français, les TPE/PME portent des valeurs humaines que n’auraient pas ou plus les grandes entreprises. En effet, « 77 % considèrent que les TPE/PME garantissent une bonne ambiance de travail contre 45 % pour les grandes entreprises », « 79 % considèrent que les TPE/PME favorisent l'esprit d'initiative contre 47 % pour les grandes entreprises » ; et « 77 % considèrent que les TPE/PME respectent les valeurs humaines contre 56 % pour les grandes entreprises ».

Ces résultats font étonnamment écho à ceux de l’Observatoire de la Vie Au Travail (OVAT). Depuis que l’OVAT existe, la même tendance de fond se confirme, implacablement, d’année en année : c’est dans les TPE que le vécu au travail est le meilleur en France. Il semblerait que les 16-25 ans en soient parfaitement conscients malgré leur jeune âge et leur apparente inexpérience : « bonne ambiance », « esprit d’initiative », « valeurs humaines ». Qu’il est loin le temps des « années fric » des années 1980 et 1990 durant lequel étaient mis en avant « réussite professionnelle », « gros salaire », « statut cadre ». Ces valeurs ne font plus rêver la jeunesse. La jeune classe n’a pas honte de mettre en avant des valeurs humanistes qui semblaient il y a peu parfaitement surannées, faisant fi des valeurs capitalistes. Le mythe de l’homo oeconomicus et son incontournable principe de maximisation (de ses intérêts, des profits…) serait-il en train de faire long feu ?

« Sept cadres sur dix (71 %) pensent que le calcul de la performance ne peut reposer exclusivement sur les résultats financiers de l'entreprise. C'est également l'avis de 92 % des jeunes actifs issus de la génération Y ». L’enquête mondiale réalisée par Deloitte Touche Tohmatsu Limited auprès de 390 cadres supérieurs et de 1 000 salariés dits de la génération Y, rendue publique jeudi 26 janvier 2012, à l'occasion du Forum économique mondial de Davos, révèle que la grande majorité des travailleurs, s’unissent pour rejeter la financiarisation des entreprises. N’en jetez plus ! La encore, les plus jeunes se distinguent mais les moins jeunes les suivent. Alors que les dirigeants décrivent la performance avec les notions de « profit », « richesse », ou encore « emploi », les jeunes de la génération Y préfèrent parler de « développement durable », d' « innovation », et de « progrès social ». Si l’on en juge par cette enquête, le phénomène dépasse la France et se mondialise. Il a de quoi en rester coi et les dirigeants ont de quoi s’interroger : vont-ils se faire comprendre par leurs nouvelles recrues ?...

Rien n’est moins sûr. Continuons de creuser les résultats de cette seconde étude, tout à fait intéressants, quant à la perception de la Direction par leurs collaborateurs. L'ensemble des répondants cadres et cadres dirigeants pensent, pour 50 % d’entre eux, que les dirigeants ont une vision trop à court terme et se focalisent trop sur les profits. Un tiers considère que le top management n’est pas assez concerné par les enjeux sociétaux. 86 % déclarent également que l'entreprise a autant, voire plus de rôle à jouer que les pouvoirs publics afin de répondre aux enjeux sociétaux actuels (vieillissement de la population, inégalités de revenus…). On constate une vraie rupture avec les mentalités en vogue durant les Trente Glorieuses : en serait-ce fini d’un autre mythe, celui de l’Etat-Providence chers à leurs parents post-soixante-huitards ? Il semblerait que « l’Entreprise-Providence » soit en train de prendre le relais. En effet, pour 82 % des dirigeants et des cadres supérieurs, leur organisation a formalisé sa « dimension sociale », tandis que 73 % pensent que l'activité de leur entreprise a un impact positif sur la société. L’entreprise est pour ceux-ci devenu un acteur sociétal incontournable. Toutes les régions du globe ne sont toutefois pas logées à la même enseigne : si le développement d'un business durable apparaît au premier plan des priorités des jeunes chinois, c'est la question du développement social qui préoccupe les travailleurs d’Europe de l'Ouest et d’Amérique du Nord.

Le capitalisme serait-il en train de muter ? Oui, on en sent de plus en plus les frémissements, ce type d’enquêtes le confirme. Si mutation il y a, celle-ci semble se passer pour l’instant en douceur, dans l’esprit des travailleurs plutôt que dans celui des dirigeants ; plus que de révolution, on peut parler d’évolution. Le « toujours plus, toujours plus vite » que nous ressassent les dirigeants du capitalisme néolibéral, prisonniers des injonctions d’actionnaires toujours plus avides de profitabilité, ne fait plus recette. Ce « toujours plus, toujours plus vite » semble se heurter à un front alternatif qui ne rejette pas le capitalisme – l’entreprise est, rappelons-le, perçue comme un acteur central dans la société, et ce, plus que les pouvoirs publics, ces derniers devraient d’ailleurs urgemment s’inquiéter de cette opinion – mais qui ne l’accrédite pas non plus, comme c’était le cas il y a encore une ou deux décennies. Les plus jeunes veulent bien encore du capitalisme, mais d’un capitalisme plus humaniste – rappelons que la liberté d‘entreprendre, qui fonde le capitalisme, est issu de l’humanisme du siècle des Lumières dont le leitmotiv était que l’homme est la fin de toute chose, jamais un moyen. L’entreprise bénéficie encore d’un potentiel de confiance fort de la part des jeunes mais pas n’importe lesquelles : les TPE, très rarement pressées par l’actionnaire, tirent leur épingle du jeu dans leur capacité à susciter l’enthousiasme des salariés, parce qu’elles sont plus transparentes et plus proches des hommes qui les constituent. L’inverse, hélas, n’est pas encore vrai : les jeunes ne sont-ils pas la catégorie des français les moins employés et les plus au chômage en France ? Plus que jamais, comme nous le disions l’année dernière lors des résultats de l’OVAT et même l’année d’avant, il est urgent d’adopter avec la jeune classe la « TPE Attitude », posture humaniste s’il en est, et ce quelle que soit la taille de l’entreprise : T pour transparence, P pour proximité, et E pour enthousiasme. Humanisme et rentabilité ne sont pas incompatibles, les TPE semblent savoir plus aisément les conjuguer, alors que les grandes entreprises continuent de les opposer. Il est temps pour ces dernières de muter, si elles veulent participer à la mutation du capitalisme et en récolter les fruits, au moins en termes d’image auprès des plus jeunes travailleurs.
Pour prendre connaissance de la synthèse des résultats 2011 de l'Observatoire de la Vie Au Travail (OVAT) cliquez ici

Pierre-Eric SUTTER


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Cet article montre qu'au delà la Gen Y, le modèle économique dans lequel on vit évolue et doit évoluer : il ne répond plus aux attentes des jeunes (et moins jeunes), salariés ou entrepreneurs, il ne permet pas la meilleure allocation des ressources. L'arrivée de la Gen Y est un révélateur de cette tendance qui est, à mon avis inéluctable. L'entreprise devra répondre plus à certaines valeurs et aux aspirations de cette génération. elle devra donc inévitablement évoluer.
Visnadi : Le 03/02/12 à 9h29