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Les tribulations de la salade de Montesson
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« Saviez-vous que la salade qui pousse dans la plaine de Montesson – l’un des derniers espaces de culture maraîchère d’Île de France – fait plus de 500 km avant d’arriver dans le supermarché situé à peine à 3 km de là ? » Le débat, passionné, s’annonce passionnant. Nous sommes sur France Culture, Cécile Duflot et Jean-François Kahn parlent de bonheur. Comment le sujet peut-il se prêter à de tels détours ? Les raisons pour lesquelles ces deux personnages politiques s’intéressent au destin de la salade de Montesson sont dues au fait que le bonheur semble ne pas être qu’une affaire matérielle. « On ne peut pas se contenter d’arborer une Rolex comme signe extérieur de bonheur (sic !) » Petite saillie pas très gentille (mais rigolote) sur la vision du bonheur à la Séguéla. « L’homme à besoin d’autre chose, il lui faut atteindre une forme de ‘transcendance’ ». Cécile Duflot s’explique. « Dans sa quête du bonheur, l’homme aspire aussi à quelque chose d’immatériel qui le dépasse (qui n’est pas forcément divin), comme le respect de l’environnement. Il faut se méfier d’un progrès qui prône la logique du ‘toujours plus’ sans se soucier de préserver les ressources naturelles ». Jean-François Kahn, n’est pas tout à fait d’accord (le contraire eut été étonnant, soit dit en passant…). « On ne peut pas sacrifier le progrès pour des idées aussi belles soient-elles. Il ne faudrait pas régresser sous prétexte de préserver l’environnement. » « Pour envisager un progrès durable, il faut repenser les modes de production du capitalisme. » Et Cécile Duflot de nous raconter les tribulations de la salade de Montesson sur les routes de notre beau pays. « On ne peut plus envisager de balader les salades sur les routes parce que d’obscurs financiers et logisticiens ont décidé qu’il était plus rentable de charger des tonnes de cagettes de salade dans des camions vers une plate-forme logistique centralisée qui les dispatchera dans toute la France. » C’est sûr que vu comme ça, la salade de Montesson a un drôle d’arrière-goût de gasoil… La centralisation à la française, officialisée il y a deux siècles par Napoléon comme modèle absolu de gouvernance, a décidemment encore de beaux jours devant elle… « Ce qu’il faut, c’est retrouver une logique de proximité » dit l’une. « Il faut remettre l’homme au centre ! » renchérit l’autre. Ces propos ne sont pas sans rappeler ceux abordés dans ce blog à l’occasion de la publication des résultats de notre Observatoire de la vie au travail en juin 2009. Nous avions constaté que ce à quoi les salariés français aspiraient le plus, c’était à plus de proximité au travail, particulièrement vis-à-vis de leur Direction qu’ils jugent trop éloignée de leur préoccupation quotidienne. Ce que corroborent d’autres sondages (par exemple celui de Towers Watson) ou audits (celui de France Télécom). « Proximité » et « l’homme au centre » : alors, salades et salariés, même combat ? Oui, même si la salade de Montesson ne semble pas de prime abord avoir grand-chose à voir avec le salarié français moyen, il y a bien un lien entre eux : la performance économique. Oui : sous prétexte de performance économique, les salades parcourent 500 km, au détriment de la performance environnementale. Sous prétexte de performance économique, certains salariés travaillent jusqu’à en développer des pathologies qui nuisent à leur santé et à la performance sociale de l'organisation : absentéisme, stress ou mal-être qui à leur tour pèsent sur la performance sociétale si l’on en juge par les coûts engendrés qui pèsent sur les comptes de la Sécu et donc sur la productivité nationale... Rappelons que la France est championne du monde de productivité individuelle mais aussi de consommation de neuroleptiques... La productivité locale, au sein des entreprises, n’est pas non plus en reste. « Chez Nokia, 1 euro investi contre le stress permettrait d’éviter d’en dépenser 3 » affirmait récemment le Dr Légeron lors d’une interview. Ces propos sont corroborés par une récente étude canadienne qui montre qu’1 euro investi dans la prévention contre le stress permet d’économiser 7 euros plutôt que de les dépenser pour des soins curatifs. Oui, développer le bien-être des salariés au travail peut donc être rentable du point de vue financier. Ne pas accepter cette réalité, c’est se fourvoyer ou être victime de ses croyances. Cela commence par une prise de conscience de la façon dont la nature humaine fonctionne. La « matière humaine » n’est pas régie par les mêmes propriétés que les autres ressources matérielles de l’organisation : là où en comptabilité 1 + 1 fera toujours 2, en RH le résultat peut faire 3 (création de valeur supérieure à la somme des parties) comme 0 (destruction de valeur supérieure à la somme des parties). Il ne s’agit pas d’opposer les performances économique, environnementale ou sociale mais de mieux les conjuguer en pensant l’activité humaine de façon plus globale. C’est tout à fait possible. Des mises en pratiques existent, à un niveau industriel complexe, comme au Danemark où l’on pense les unités de production comme faisant partie d’un tout. Telle unité recycle les déchets de l’autre pour faire qui du ciment qui du chauffage urbain ce qui permet de baisser de 90% les rejets en CO², sans surcoût. Toutefois, la prise de conscience n’est pas suffisante, il est nécessaire d’agir à bon escient. En effet, on peut vouloir plus de proximité dans son entreprise sans pour autant parvenir à la susciter. Car la proximité ne se décrète pas : Il ne suffit pas pour un manager d’ouvrir sa porte en pensant que cela fera venir ses collaborateurs dans son bureau. C’est une condition certes nécessaire mais pas suffisante. La proximité suppose d’investir et de s’investir dans la relation avec autrui. C’est donner du sens au travail, tout en travaillant sur ce sens. Donner du sens au travail, c’est donner de la visibilité stratégique tout en construisant cette visibilité par l’action collective et de corriger la stratégie en fonction des résultats de cette action ; c’est entre autres, éviter de tomber dans l’absurde de certaines procédures qui ne sont plus adaptées au quotidien des travailleurs. Travailler sur le sens, c’est identifier les valeurs qui fédèrent les salariés, les collectifs de travail dans l’action, afin d’éviter que l’action ne heurte leurs valeurs et les fassent entrer en résistance ; là est le véritable sens hiérarchique du manager : sens du travail et travail sur le sens. En retour, l’exemplarité d’un tel comportement permettra de mettre les collaborateurs en confiance. Mis en confiance, ils tisseront des liens de proximité avec leur manager et gagneront en estime de soi (pour comprendre les mécanismes de l'estime de soi, cf. le dossier de ce mois) et donc en bien-être. Ce qui les rendra d'autant plus socio-performants et créateur de valeur pour l'entreprise. Pierre-Eric SUTTER | |
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VOS REACTIONS |
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Merci pour vos articles, je les trouve trés intéressants. Cordialement C.Fusellier : Le 06/04/10 à 18h13 | |
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Pyramide de Maslow L'être humain est au coeur de l'évolution personnelle et sociale depuis toute éternité. Ignorer ses besoins individuels, c'est hypothéquer la connaissance de ses motivations et les espoirs d'une société à trouver ses aspirations. De fait pour prendre un exemple actuel, celui du "développement durable" dont nous avons conscience, il est de progrès s'il permet aux personnes de satisfaire leurs besoins et aux sociétés de concentrer leurs ambitions, et dans le mélange de ces deux acceptations. Le schéma économique traditionnel, tout au moins dans sa forme qui fonctionne le mieux du capitalisme, nous a proposé la croissance (le « toujours plus ») face à un monde qui paraitrait aujourd'hui en limite de ses ressources, des possibilités de l'homme à faire face aux désastres fussent-ils naturels, des ambitions de l'homme à transcender son espace, sa force, de rendre son avenir propre à une divinité et de s'échapper enfin de sa bestialité. Il semblerait que nous ayons à nous restreindre ! C'est méconnaitre l'histoire de nos sciences qui en recherchant l'infiniment petit n'a cessé de grandir un monde qui nous semblait réduit. Travailler sur les valeurs, sur notre sens en somme, c'est assurément de bon sens. Est-ce vivre que d'accumuler par appétit glouton des produits de consommation ? Le but n'est-il pas de partager un festin de caviar comme la délectation du plus grand des savoirs. Si nous n'avons plus aujourd'hui ce sens à nos travaux, c'est que notre stratégie repose sur des valeurs de faim et non de fin, de destinée, peut-être. Cela permet d'exister mais non d'espérer vivre. Bon appétit Bonpas : Le 02/04/10 à 11h06 |