| Le retour des Apaches
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| Les Apaches, c’est l’appellation que s’étaient donnés les jeunes grévistes de l’usine EGS-Alsthom de Bourgogne, en 1994, quand ils avaient fait grève. Une grève qui s’expliquait par le décalage entre leurs attentes et le type de management qui leur était imposé. A leurs yeux, le comportement des « petits chefs » était insupportable. Aux yeux de beaucoup d’observateurs de l’époque, les Apaches désignaient ces jeunes rebelles à toute forme d’autorité. Donc, les Apaches sont de retour. A la SNCF, le syndicat SUD se montre prévenant à leur égard en déposant des préavis de grève pour le week end, ce qui leur permet de choisir entre aller au travail et rester au lit. A EDF et à Suez GDF, ils se livrent à de plaisantes coupures d’électricité ou de gaz. Un peu partout, on me dit qu’ils sont devenus ingérables et que la maîtrise « n’y arrive plus ». Bien entendu la presse ne s’en est pas encore avisée ; elle en reste aux « séquestrations qui se multiplient ». Les sociologues de salon, eux, dissertent sur « la génération Y ». En attendant, je vois les Apaches se multiplier dans les milieux les plus divers. Depuis plusieurs années, je signale la dégradation de l’image de la grande entreprise et la montée du désengagement. On ne fait plus grève, on se contente de « faire ses heures » sans conviction. Les Apaches, eux, vont plus loin. Non seulement, ils en font le moins possible, mais ils se livrent à des espiègleries qui voisinent avec le sabotage. Bien entendu, ceci porte atteinte à l’image de leur entreprise et à leur avenir professionnel. Le problème, c’est que, un avenir professionnel, ils n’en ont pas, et que l’entreprise qui les emploie, ce n’est pas « leur » entreprise ; ils ne s’y reconnaissent pas, non plus d’ailleurs que dans les syndicats traditionnels. Et donc, les Apaches renouent, sans d’ailleurs le savoir, avec la tradition anarchiste : « no future ». Les Apaches se recrutent dans tous les milieux (il y a même, par exemple dans la banque, des Apaches de luxe). Il y en aussi de tous les âges. Mais ils ont un point en commun. Depuis qu’ils sont tout petits, ils n’ont pas eu d’efforts à faire et on leur a tout permis. A l’âge de quatre ans, leurs parents attendaient pour passer à table que leur BD à la télé soit terminée. A l’age de douze, ils fumaient tranquillement dans le fond de la clase sans que le professeur trouve à y redire. A vingt ans, ayant été admis à HEC, ils arrivaient vers 9h30, mal réveillés, leur gobelet de café à la main, à un cours qui commençait à 9h, et le professeur y voyait un indice de leur liberté d’esprit. Arrivés dans l’entreprise, ils ont trois caractéristiques :
Voilà donc ce que l’entreprise a à gérer, et elle n’y est pas préparée du tout. Les grands chefs s’en aperçoivent avec retard et l’encadrement de proximité se trouve laissé à lui-même face aux Apaches. Quand ça va bien, on arrive à les canaliser, quand ça va moins bien, ce qui est le cas dans beaucoup d’entreprises, on n’y arrive plus. Voilà le problème. Je suis à peu près certain que ce sera un problème d’actualité au cours des prochains mois. La crise aura servi de révélateur. Au choix, vous pouvez dire que c’est un problème de société ou que c’est un problème de management. Hubert Landier |