Depuis trois semaines, il n’est question, dans la rubrique sociale des quotidiens, que de séquestrations de cadres ou de dirigeants d’entreprises. Leur nombre étant à ce jour inférieur à une dizaine, c’est un devoir, afin que la réalité corresponde davantage à l’image que nous en donne la presse, d’en provoquer autant que possible. De là, à l’intention des candidats potentiels à une séquestration, les conseils qui suivent.
- Evitez soigneusement d’informer le personnel de la situation économique réelle de l’entreprise ; il faut, quand vous annoncez un « plan de sauvegarde de l’emploi », c’est-à-dire un plan de licenciements, que la surprise soit totale.
- Laissez courir des rumeurs sur les « énormes profits » de l’entreprise, ainsi que sur la rémunération exorbitante, les stock options et les parachutes en or massif de ses dirigeants ; il faut bien que chacun comprenne qu’il y a deux poids deux mesures.
- Réduisez vos relations avec les représentants du personnel au strict minimum que vous impose la loi. Faites bien comprendre à tout le monde que ce sont des parasites et que d’ailleurs vous n’avez pas de temps à perdre avec eux.
- Prenez la décision aussi loin que possible du terrain et faites en sorte que l’encadrement local n’ait aucune marge de manœuvre. Ne vous rendez surtout pas sur place, évitez de lui donner des explications trop précises sur vos intentions et laisser se débrouiller, quitte à le désavouer si cela vous est utile.
- N’hésitez surtout pas à faire des promesses quitte à ne pas les tenir ensuite ou à exiger des efforts en vue de maintenir des emplois que de toute façon vous avez l’intention de supprimer ; la surprise n’en sera que plus forte.
- Si le personnel envahit les bureaux en réclamant des explications, enfermez-vous et faites bien comprendre, à grands cris, qu’il s’agit là d’une violence inadmissible, d’une atteinte aux droits de l’homme et d’une « prise d’otage » qui mériterait les foudres les plus sévères de la justice.
Si malgré tout cela, vous ne parvenez pas à provoquer votre séquestration, tirez en pour conclusion que les salariés français sont vraiment, vraiment, très pacifiques.
Hubert Landier
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