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Trois jeunes Français
Le premier, je l’ai rencontré dans une boutique de jean’s de Carnaby street. Il avait quitté la France pour suivre sa copine, qui était étudiante à Londres, et il travaillait comme vendeur. Il était là depuis six mois. Plus tard, on verrait bien.

Le deuxième, il était serveur dans un restaurant du côté de Piccadilly circus. Fondu de musique. Il composait la nuit. Et quand on est fondu de musique, on va à Londres. Il attendait que passe la chance, demain, dans six mois ou dans dix ans. Mais quand elle passerait, il serait prêt. En attendant, il travaillait dans ce restaurant. Pour lui, c’était plutôt une chance.

Le troisième était le barman du St James, sur Regent street. Pourquoi il était là ? Parce qu’il était fils d’artisan et que son père lui avait enseigné que pour réussir, il faut travailler. En France, aucune chance : on y méprise le travail et si on travaille dur, de toute façon, on n’est pas certain pour autant de réussir. Donc, il est parti. Mais cela avait été difficile pour lui qui ne maîtrisait pas bien l’anglais. Ceci dit, maintenant, il n’était pas question pour lui de revenir en arrière, c’est à dire en France.

Je suis revenu à Paris et je me suis demandé : si j’avais leur âge, est ce que je resterais en France ? La réponse est : non. Trop de complications administratives. Trop de lenteurs et de pesanteurs. Trop d’habitudes qui entravent l’envie de faire. Trop de certitudes, aussi, qui empêchent de voir la jeunesse du monde. Le sentiment que c’est ailleurs que ça se passe. L’envie d’aller voir, quitte à revenir plus tard, expérience faite.

Je suis monté dans l’Eurostar à St Pancras et quand j’ai demandé à l’employé de la compagnie de m’aider à mettre ma valise dans le rack au-dessus de ma place, il m’a répondu qu’il n’était pas payé pour ça. Lui, il n’y a aucune chance pour qu’il parte s’installer en Angleterre ou ailleurs. Il restera en France. Et voilà, ce que je crains. Le départ des aventuriers optimistes, de sorte que ne resteront que les casaniers grincheux.

A moins que... Il y a aussi ces jeunes Français partis aux Etats Unis ou ailleurs, qui y ont bien réussi ou moins bien réussi, et qui fort de cette expérience sont revenus en France avec la volonté » de faire leur trou. J’en connais au moins deux dans mon entourage
Ce sont eux qui me font espérer que, finalement, les choses bougeront un peu.




Hubert Landier


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