Après les Prud'homales

Dans la situation économique où nous sommes actuellement, la question que m’aurait posée ma grand-mère aurait été la suivante : « est-ce qu’il ne serait pas prudent que je fasse des stocks de sucre, de farine, de pâtes alimentaires et d’huile ? » Et ma réponse aurait été la suivante : « c’est pas sûr, mais achètes-en quand même un peu, on ne sait jamais ». Ma grand-mère avait connu d’autres temps où cela ne lui avait pas été inutile. Et ces temps sont peut-être revenus.

Bien entendu, le Gouvernement s’efforce d’éviter la panique. « Il y a un pilote dans l’avion ». Tant mieux. Mais il n’empêche qu’il est difficile de discerner ce qui relève de la vérité, ce qui relève de l’effet d’annonce et ce qui relève de la Méthode Coué. La situation est sous contrôle, mais en attendant, Arcelor-Mital ferme son siège mondial à Luxembourg pendant quinze jours. En attendant, il y avait 45000 chômeurs de plus en octobre, il y en aura autant en novembre, autant en décembre et probablement autant en janvier. En attendant, le chiffre d’affaires de l’hôtellerie, de la restauration et des commerces de luxe est en berne (chut, il paraît qu’il ne faut pas le dire). En attendant, le crédit à la consommation réduit ses activités, faute de liquidités. En attendant…

Mon ami François Lefort, il y a quelques années, avait imaginé un scénario catastrophe. Un « accident » financier mondial parti d’une salle des marchés. Une crise mondiale des paiements. Une interruption des approvisionnements pétroliers. Tout s’arrête. Emeutes de la faim dans les rues de Paris. Pillage des supermachés. Ceux qui le peuvent s’efforcent de fuir. C’est l’exode. Mais l’exode s’arrête quand le réservoir de la voiture est vide. On continue à pied, les valises à la main. Les enfants qui pleurent. Plus de police. Plus rien. Retour à la barbarie. Les paysans surveillent leurs récoltes le fusil à la main. Chacun pour soi. Des bandes errantes se constituent. Le héro, qui a égaré sa femme du côté d’Orléans, rejoint finalement une communauté qui s’est constituée de bric et de broc, et qui vit en autarcie sur un plateau difficilement accessible ; il s’appelle le Vercors. Le temps passe. On n’a aucune idée de ce qui peut bien se passer à l’extérieur du plateau. Et puis un jour, des nuages de poussière, au loin dans la vallée. On envoie quelqu’un voir ce qui se passe. Il revient affolé : ce sont les Peuls du Sahel qui ont traversé la Méditerranée avec leurs troupeaux et qui viennent prendre possession de leurs nouveaux territoires de pâture.

Je vous propose une autre version, plus soft. La crise mondiale a pris fin. La croissance redémarre. L’industrie automobile reprend forme. Le constructeur chinois Shaanxi monte une usine en Algérie pour y produire ses modèles en vue de leur exportation en Europe. Les Etats Unis sont dopés par le ND2 (« New deal two ») de Barak Obama. Et la France, elle, patauge. Les industries à faible valeur ajoutée ont émigré. Le pouvoir d’achat est déprimé. Le chômage est au plus haut. Et l’on craint une explosion des régimes sociaux qui permettent à une part croissante de la population de survivre, un peu au-dessus du seuil de pauvreté.

Finalement, je crois que ma grand-mère, à sa façon, n’aurait pas eu tort. Quitte à ce qu’elle se soit de nouveau retrouvée, comme au lendemain de la crise de Suez, avec 25 fûts de 200 litres d’essence dans son garage. Dernière précision, au sujet de l’usine Shaanxi : elle est aujourd’hui en construction à Sétif, à 300 km à l’est d’Alger, ce permettra de créer 4000 emplois dès 2010. Un centre de formation est prévu, à l’intention des équipementiers qui viendront s’installer à proximité. Il n’est pas impossible que l’on fasse appel à des travailleurs immigrés d’origine française.





Hubert Landier


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