Vers des subprimes à la française ?

La SRM (Société de recherches métallurgiques), installée à Sablé, dans la Sarthe, fabrique, essentiellement pour l’industrie automobile, des schmilblicks, ces petits dispositifs essentiels à la bonne carburation des moteurs modernes. La SRM, qui emploie 350 personnes, est leader sur ce marché extrêmement pointu et se trouve lancée dans une stratégie de développement très dynamique. C’est ainsi qu’elle a commencé à se diversifier dans la domotique (automatismes pour extracteurs) et dans la parfumerie (diffuseurs d’arômes).

Le syndicat Force Ouvrière s’est énergiquement opposé à cette diversification, qualifiant « ces trucs de bonnes femmes » (sic) d’« enfantillages coûteux et sans avenir ». La SRM mène cependant une politique active de relations sociales : accord sur les conditions d’exercice des fonctions de représentation du personnel (juin 2007), accord sur l’aménagement des temps de travail (octobre 2007), et dernièrement, accord sur la GPEC (juin 2008).

Le DRH s’estime satisfait de relations sociales qu’il qualifie de bonnes, voire de très bonnes, si on fait exception de certaines réactions qui s’expliquent par la sociologie de l’entreprise. C’est ainsi que l’accord de GPEC prévoit une présentation régulière des prévisions de l’entreprise en matière d’emplois, un inventaire des compétences qu’elle doit développer, un plan de formation très complet en ce sens et une association des représentants du personnel, dans un groupe paritaire, au « pilotage des ressources humaines ». Cet accord a d’ailleurs fait l’objet d’un article élogieux dans Le Maine libre.

Sauf que, en octobre dernier, les trois principaux clients que compte la SRM dans l’industrie automobile ont interrompu leurs commandes à hauteur de 90%. Repli du marché automobile, nécessité de réduire les coûts, apparition de schmilblicks d’origine chinoise, certes moins résistants à l’usure, mais trois fois moins chers. Le directeur des ventes s’est précipité chez ses clients, qui lui ont opposé un sourire navré et des considérations sur la dureté des temps et la nécessité pour tous de s’adapter. Le syndicat FO s’est fendu d’un tract ravageur : « ce n’est pas aux travailleurs de payer les dégâts de la spéculation financière ». Et d’ajouter : « nos patrons n’ont pas écouté nos mises en garde ; nous avons toujours dit qu’il fallait rechercher de nouveaux débouchés ».

A court de trésorerie, le directeur financier a couru chez son banquier, qui lui a opposé un sourire navré et des considérations sur la pénurie de liquidités, lui suggérant d’attendre un redémarrage des affaires. Il a donc fallu se rendre à l’évidence et le DRH a été prié d’agir vite. Premièrement, chômage technique (six semaines). Deuxièmement, plan de sauvegarde de l’emploi (suppression de 250 postes).

Immédiatement, le syndicat FO, habilement conseillé par son union locale de Sablé, a cherché à mobiliser. Alerté, Le Maine libre a consacré un entrefilet à l’affaire : « les travailleurs de la SRM sous le choc ». Le délégué syndical FO a écrit à Sarko de venir comme il l’avait fait à Sandouville. Il n’y a pas eu de réponse. « On ne va quand même pas demander à Fillon ?», s’est interrogé le délégué syndical. Alors on a décidé d’organiser la lutte. Occupation de l’usine. Blocage de la ligne du TGV. Avec un objectif mobilisateur : « la Direction doit renoncer à son plan de licenciements ». La plupart des gars sont repartis dans leur ferme. Ils peuvent tenir.

Voilà, on en est là.

Pendant ce temps, Le Maine libre a consacré un article à l’accord en cours de négociation au MEDEF sur la GPEC ainsi qu’un autre (dans ses pages éco) sur les déclarations du président de la République sur le devoir des banques d’assurer aux PME les liquidités dont elles ont besoin. Le directeur de l’agence de Sablé, en lisant cela, a haussé les épaules. Pas question de prendre de mauvais risques. Ou alors, a-t-il dit, « autant créer des subprimes à la française ; d’ailleurs, c’est bien vers ça qu’on se dirige ».




Hubert Landier


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