| Des transats sur le pont du Titanic¹ |
Je dois vous avouer que je n’y comprends rien à ce qui a provoqué la crise financière que l’on sait. Résumons. Il y avait eu le « scandale Enron ». Plus jamais ça ! On allait instituer des contrôles qui permettraient en toute certitude de l’éviter. Ce furent les fameuses règles Sarbanne-Oxley. Puis ce fut le désastre de la Société générale : un jeune trader pouvait se permettre de miser plus que le capital de la banque sans que personne trouve à y redire. Mais ce n’était encore rien. Vint en effet le scandale des subprimes américaines et le commencement d’effondrement, selon le principe de la théorie des dominos, du système financier international. Allait-on se montrer enfin raisonnable ? Ce fut pour apprendre qu’un autre trader, par inadvertance de ses chefs, allait faire perdre 600 millions d’Euros (seulement) à la Caisse d’épargne. Voici qu’on nous parle de renforcer les contrôles et de réformer le système. Je dois vous avouer que cela ne me rassure nullement. D’abord, quand on s’évade dans les grands projets, c’est généralement pour ne rien faire. Un « Sommet », des déclarations - les hommes politiques pourront se tenir pour quittes jusqu’au prochain accident. Ensuite, ce contrôle, en quoi peut-il bien consister ? Sarbanne-Oxley, contrôle interne, COSO I et COSO II, référentiels d’audit. Je veux bien. On passe un temps croissant de son temps, dans les entreprises, à s’assurer de la conformité de ce qu’on fait par rapport à des référentiels, puis à en rendre compte. Quitte, le reste du temps, à se demander comment y échapper discrètement. Prenons le cas de la Générale. D’un côté, il y a des règles à respecter, de l’autre, il y a du pognon à se faire. Les traders sont rémunérés (bien) en fonction de leurs résultats. Leurs résultats font les résultats de la banque. Les résultats de la banque font son cours en bourse. Son cours en bourse fait la carrière de ses dirigeants, à commencer par son président. Et vous voulez parler de respect des règles ? La règle, c’est d’être un winner. Le contrôle interne, c’est secondaire. Laissons les auditeurs se préoccuper de l’alignement des transats sur le pont du Titanic. A moins de mettre un contrôleur pourvu d’un pouvoir supérieur derrière chaque trader (ceci sans compter sa hiérarchie), et un contrôleur derrière chaque contrôleur, je ne vois pas bien ce qu’on peut faire. Ici, il est certes tentant d’affirmer qu’il faut « réformer le capitalisme ». La formule est jolie et politiquement correcte. So what ? On va convoquer le G8 à un sommet à Washington. So what ? En attendant, plus au raz des pâquerettes, je m’étonne, à la Générale comme à la Caisse d’épargne, du silence de la DRH. Existe-t-elle et, si oui, à quoi sert-elle ? Le rôle d’une DRH, c’est notamment de concevoir le management humain de l’entreprise de telle façon que les salariés y respectent certaines règles de comportement et certains principes d’ordre éthique. Et donc, compte tenu des risques de dérapages, je pense que la DRH a tout son rôle dans une salle des marchés et qu’elle doit contribuer à y créer les conditions qui permettront d’éviter toute dérive abusive. A défaut d’un management valorisant certaines normes de comportement et donnant à l’action un sens qui aille au-delà de celui d’un jeu au casino, on pourra multiplier les contrôles internes et imaginer un Sarbanne-Oxley II, voire un COSO III à cinq dimensions, je crains qu’il faille s’attendre à de nouveaux dérapages. ¹ : J’emprunte cette image à mon ami Alain Meignant. Hubert Landier |
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