| Le business est-il criminel ? |
Affaire, n.f. – XVème ; v. 1150 ; n.m. ; de à et t.faire. 1.Ce que qqn a à faire, ce qui l’occupe ou le concerne (…) 3.Ce qui occupe de façon embarrassante. => difficulté, ennui (…) 4.Ensemble de faits créant une situation compliquée, où diverses personnes,divers intérêts sont aux prises (…) => scandale (…). Scandale social, politique venant à la connaissance du public (…). Evénement, crime posant une énigme policière (…) 8. Entreprise commerciale ou industrielle. Plur. Les affaires : les activités économiques (notamment dans leurs conséquences commerciales et financières). => fam. Business (…) Intéressant, le Petit Robert. Le Harraps, maintenant. J’y trouve plusieurs traductions : matter, affair (comme dans : « love affair »), deal (comme dans : « a good deal ») et business (comme dans « to run a business »). L’entreprise et les activités économiques, en France, sont associées à l’idée de scandale, voire même d’activité criminelle. Ce n’est pas Marx qui le prétend, c’est la langue même dans laquelle nous nous exprimons qui nous y invite. Ceci fait réfléchir. Ce n’est pas un hasard si en France l’entreprise, et plus particulièrement la grande entreprise, a mauvaise presse. L’origine de cette image dégradée est plus profonde que le contenu marxisant de quelques manuels d’économie ou que les commentaires caustiques de tels professeurs ou de tels journalistes opposés à « l’exploitation capitaliste ». L’association entre l’entreprise et une activité suspecte ou moralement condamnable est inscrite dans notre langue. Elle s’enracine donc dans notre culture, telle qu’elle résulte de notre histoire. Le catholicisme, tel qu’il a façonné la France, n’a pas le même rapport avec l’argent que le protestantisme. Le protestantisme voit dans la réussite matérielle un indicateur de la faveur divine. Il encourage le business. La doctrine catholique, tout au contraire, se méfie de la recherche de l’enrichissement personnel (« la chrématistique ») et entend subordonner la recherche du bien particulier à la contribution au bien commun. C’est pourquoi, jusqu’à St Thomas d’Aquin, elle a, comme l’Islam, condamné le prêt à intérêt, identifié à l’usure, c’est-à-dire à une spéculation sur l’indigence d’autrui. Ceci traduit en langage contemporain, il en résulte très clairement que l’intérêt privé doit être subordonné à la contribution à l’intérêt général, que le service public, qui sert l’intérêt du peuple souverain, est infiniment préférable moralement à la recherche du profit, qui est toujours a priori soupçonné de l’être au détriment du bien public. Bien entendu, la crise financière actuelle ne peut que renforcer cette vision négative du business. Pour la majorité des Français, plus que jamais, il va de soi que les affaires (définition 8 du Robert) conduisent aux affaires (définition 4 du Robert). Hubert Landier |
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