| Amphigouris et coquecigrues |
Te faire un billet d’humeur sur le stress des cadres ? Tu te moques de moi ou quoi ? Ceci est hors de question. D’abord je fais des billets d’humeur selon mon humeur sur les sujets sur lesquels je suis d’humeur. Deuxièmement, c’est un thème totalement éculé, le dernier truc à la mode après la souffrance au travail, ça n’intéressera personne. Troisièmement, je ne sais pas ce que c’est que « les cadres ». J’ai bien compris qu’il ne s’agit pas des cadres du Parti mais des cadres de l’entreprise. Mais même avec cette précision, le mot ne veut rien dire, sauf peut-être pour les administrateurs de l’AGIRC. Les cadres, ça désigne aussi bien le directeur général d’EADS, l’aide comptable passée cadre à l’ancienneté et qui est bien incapable d’encadrer quoi que ce soit, y compris sa propre personne, l’ingénieur de ce bureau d’étude où ils sont 2000 et où on travaille à la chaîne sur des projets, le directeur de l’usine isolé quelque part dans la France profonde, le chef de bureau au Ministère des finances, le technico-commercial dans sa voiture entre deux rendez-vous. Bref, c’est quoi, un cadre ? Que les auteurs qui ont écrit des ouvrages sur les cadres me pardonnent, je pense que les cadres, c’est un truc franco-français qui date de l’après-guerre, à l’époque où se sont créés la Confédération générale des cadres et les régimes de retraites complémentaires des cadres. La distinction entre cols blancs et cols bleus était alors assez bien marquée. On ne saurait en dire autant aujourd’hui. La CGC, d’ailleurs, s’empatouille visiblement dans la définition de la catégorie de salariés qui constitue sa raison d’être. Je propose donc, des cadres, la définition suivante : « les cadres sont ceux des salariés qui ont droit à la classe affaires en avion, à la retraite complémentaire, au forfait jour, à un climatiseur dans leur bureau et/ou à la possibilité de garer leur voiture à l’intérieur de l’enceinte de l’usine ». Expliquez ça à un Américain et ses réactions vous donneront une idée de la définition internationale des cadres. Ainsi définies les victimes du stress des cadres, passons au stress lui-même. A supposer que la définition que l’on peut donner de celui-ci soit clairement établie, qu’est ce qui nous prouve que celui-ci serait en augmentation au point, dans certains cas, d’être devenu intolérable ? Je n’en sais rien et, honnêtement, je n’ai pas envie de hurler avec les loups. Je connais une entreprise où le déménagement des bureaux à trois kilomètre de distance et le changement d’organisation seraient un facteur insupportable de stress. Je veux bien. Mais je crains ceci :plus on parlera de stress, plus les gens se découvriront stressés. Ont-ils plus de raisons qu’hier de l’être ? C’est bien possible. Encore faudrait-il que cette supposition puisse s’appuyer sur des éléments objectifs. Il y en a probablement. Encore convient-il d’en bâtir un référentiel et de dépasser les simples impressions afin d’en mesurer l’évolution dans le temps. A défaut d’un tel référentiel et d’un tel travail d’analyse, je crains que le discours ambiant sur le stress des cadres se limite à d’aimables coquecigrues où à de vains amphigouris. Hubert Landier |
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