| Pourquoi les gens sont-ils aussi mal habillés ? |
Arrivant aux alentours de la Place de la République, le chauffeur de taxi regarde tout autour de lui, comme s’il cherchait quelque chose. « - La France s’appauvrit », me dit-il. - Qu’est ce qui vous fait dire ça ? - Regardez comment les gens sont habillés ; on se dirait dans les pays de l’est vers les années soixante-dix ». A mon tour de regarder. Effectivement, l’élégance n’est pas au rendez-vous. Mais ce qui me frappe surtout, c’est que les passants paraissent tristes, comme résignés, marchant vite, murés dans leur solitude. Je ne m’étonne pas. Mais enfin, maintenant, c’est officiel. Bien entendu, on ne parle pas de récession (il ne faut pas provoquer la panique). On ne parle pas non plus de baisse du pouvoir d’achat (bien au contraire, on parle de mesures de soutien : RSA et prime de transport). Et donc, que va-t-il se passer ? D’abord, les gens vont essayer de défendre leurs avantages acquis. Pas tous : ceux qui le peuvent. Nous allons donc assister à des manifestations de corporatisme. Comme il faudra bien les satisfaire, on ira chercher l’argent là où il est, ou plutôt, là où on peut le prendre, c’est à dire dans les poches des membres des classes moyennes salariées. Quant aux personnes en situation fragile ou qui bénéficient d’une rente fixe, leur situation relative va se détériorer. Ensuite, nous allons assister à une évolution des habitudes de consommation. Certaines enseignes de la distribution enregistrent d’ores et déjà un recul de leur chiffre d’affaires de 15 à 20%. On voyagera moins, on achètera malin, on ira pique niquer sur les bords du canal Saint Martin au lieu d’aller au restaurant, on refera soi-même sa toiture et on remplacera la BM par une Logan. Le marketing se réorganisera autour de thèmes centrés sur des thèmes écologiques en vue de donner une consistance morale à la pénurie. Et enfin, on assistera à une détérioration progressive, donc peu visible, des services à attendre de nos établissements publics : école, hôpitaux. On attendra encore un peu avant de changer les caténaires sur nos lignes de chemins de fer et pour équiper de gilets pare-balles nos soldats en Afghanistan. L’important, pour le Gouvernement, sera que l’on ne s’en aperçoive pas trop, ou pas trop vite. Pour cela, il aura (et il a déjà ) recours à une vieille astuce politique : détourner l’attention du coq gaulois en mettant en musique ses succès oratoires à l’étranger. Et après ? Tout cela ne dessine pas un avenir. Cet avenir, il va falloir l’inventer en des termes complètement différents de ceux auxquels nous avait habituée la « société de consommation ». Au-delà des hommes politiques, désormais privés de toute crédibilité, il faut s’attendre à l’émergence de pas mal de faux prophètes. Jusqu’à ce qu’émerge quelque chose de neuf et que nous ne saurions dès aujourd’hui imaginer. Hubert Landier |
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