| Moins
de grèves, mais plus de "jemenfoutisme" |
|
Il a raison, Nicolas
Sarkozy,
d’affirmer que lorsqu’il y a des grèves, dans la France
d’aujourd’hui, les
Français ne s’en aperçoivent plus. Les statistiques sont
là : des grèves
moins nombreuses, des grèves moins bien suivies, des
journées d’action que
personne ne remarque, des manifestations dont il faut gonfler les
chiffres pour
les rendre présentables. Je me souviendrai longtemps de
cette réponse
d’une personne que j’interrogeais à l’occasion d’un audit de
climat social,
à la suite, justement d’un
mouvement de
grève qui venait d’avoir lieu dans l’établissement
où elle travaillait : « - et la
grève, la semaine
dernière, vous en pensez quoi ? - ah oui, la
grève ; j’ai vu ça à FR3. » Donc, il a raison, sauf
que.
Sauf que les grèves sont concentrées dans des secteurs
d’activité bien précis,
et notamment dans les transports. Et là, on voit bien que le
président n’a pas
cherché à se rendre de la Lanterne à
l’Elysée par le train un matin de grève à
la SNCF. Les grèves, donc, sont peu nombreuses, mais là
où elles se produisent,
elles sont gênantes pour les « usagers »,
comme on les appelle encore
dans certaines fédérations syndicales où on ne
s’est pas aperçu que le monde
avait changé. Sauf également
toutes les
vérités ne sont pas bonnes à dire. Le
président semble croire que l’action
syndicale se limite à des démonstrations de force. Ceux
qui, pétris d’un
marxisme simpliste, réduisent les rapports sociaux à ce
qu’ils appellent un
« rapport de forces » se sentiront
confortés dans leurs convictions.
Ceux qui, par contre, estiment, que l’action syndicale consiste
plutôt à
imaginer et à construire les bases de compromis possibles entre
intérêts
différents sinon divergents, auront quelques raisons de se
sentir trahis. Nicolas
Sarkozy, au fond, ne fait que reprendre à son compte quelques
préjugés bien
installés, tels qu’ils nourrissent les propos d’après
boire. Merci pour tous
ceux qui pensent que les relations sociales peuvent être autre
chose qu’un
pugilat devant les caméras de télé. Hubert Landier |
| Pour
réagir à ce billet, cliquez
ici en précisant : Billet - Moins de grèves |