| "Mais
quel nul !" |
| « -
Vous comprenez, il est totalement incompétent ; d’ailleurs, il y
a des clients qui se plaignent ; il est toujours en train de
traîner à droite et à gauche, et pendant ce temps
là, le travail ne se fait pas ; on ne peut absolument pas
compter sur lui. - Il faut lui reconnaître une chose, c’est que s’il y a un problème, il est là ; il ne nous a jamais fait faux bond ; on pourra dire ce qu’on veut de lui, mais sur le plan professionnel, il est irréprochable ». Ce qu’il faut préciser, c’est qu’il s’agit de la même personne, telle que me la décrivent deux managers de l’établissement où elle travaille. Je prends note de ce qu’ils me disent, et qui pour moi illustre parfaitement le caractère subjectif des appréciations que l’on porte sur tel ou tel dès lors que l’on ne se fonde pas sur des critères précis et objectifs. Il faut gratter un peu pour comprendre l’origine de ces deux appréciations contradictoires. L’un, qui me dit que l’intéressé est incompétent, fait état d’une réparation électrique mal faite ; l’autre met en avant un problème de plomberie parfaitement résolu. A aucun moment, celui qui met en avant l’incompétence de ce collaborateur ne m’aura suggéré qu’il y a aurait peut-être là un problème de formation. Il se contente d’alléguer sa mauvaise volonté. Pourquoi dès lors ce jugement négatif ? Je n’ai pas à m’interroger beaucoup. J’ai oublié de préciser que celui qui fait l’objet de ces jugements contradictoires est par ailleurs délégué CGT. Dès lors, tout s’éclaire : pour l’un, c’est un adversaire, dont on ne retiendra que les côtés négatifs ; pour l’autre, c’est un interlocuteur estimable, même si on n’adhère pas à sa vision des choses. Dès lors, que faire pour venir à bout de cette contradiction ? D’abord, mettre face à face mes deux interlocuteurs afin qu’ils se rendent compte de tout ce non dit qu’à longueur de journée véhiculent leurs propos. Leur demander de prendre un peu de recul. Exiger qu’ils ne confondent pas appréciation de la compétence professionnelle et jugement de valeur sur l’engagement social de la personne dont ils me parlent. Leur suggérer qu’il y aurait peut-être un problème de formation. Et les inviter à fonder à l’avenir leur jugement sur des critères aussi objectifs que possible, et qui soient connus de l’intéressé. Bien entendu, cela - dira-t-on - va de soi. En réalité, cela va peut-être de soi dans la tête des dirigeants, du fond de leur bureau, ou dans celle des consultants qui les inspirent, mais en tout cas ce n’est pas comme ça que les choses se passent dans la vraie vie, avec ses passions, ses élans, ses haines et ses emportements. Ainsi se dessine un espace de recherche visant à mettre en lumière l’écart existant entre l’intention et la réalité, entre l’entreprise vue d’en haut et l’entreprise vue d’en bas. Cet espace de recherche constitue l’objet de l’audit social. Hubert Landier |
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